Le 20 juin 1819, Jacques Offenbach naît à Cologne sous le nom de Jakob Eberst, dans une famille juive modeste mais très musicale. Son père, chantre à la synagogue, lui enseigne le violon, mais le jeune Jacques se passionne vite pour le violoncelle. À 14 ans, il est envoyé à Paris pour y poursuivre ses études musicales. Il entre en auditeur libre au Conservatoire, mais s’en détourne rapidement, préférant se former au sein des orchestres de théâtre, où il joue et apprend les rouages de la scène.
Doué, débrouillard et ambitieux, il compose dès l’adolescence. Mais son rêve de percer dans le monde de l’opéra se heurte au conservatisme des grandes institutions musicales. Aucun théâtre ne veut monter ses œuvres. Qu’à cela ne tienne : en 1855, il fonde son propre théâtre, les Bouffes-Parisiens, et invente un genre nouveau et irrésistible, l’opéra-bouffe, qui mêle humour, satire et virtuosité musicale.
Le roi du Second Empire et la revanche posthume
Avec Orphée aux enfers en 1858, Offenbach connaît un triomphe. Cette parodie des mythes antiques, pleine d’ironie et de rythme, séduit un large public. Suivent des succès ininterrompus : La Belle Hélène, La Vie parisienne, La Périchole, La Grande-Duchesse de Gérolstein. Avec ses librettistes Meilhac et Halévy, il forme un trio d’une redoutable efficacité, moquant la société bourgeoise et les travers du pouvoir impérial, sans jamais tomber dans la vulgarité.
Mais la guerre franco-prussienne de 1870, la chute de Napoléon III et l’hostilité croissante envers les artistes étrangers, en particulier allemands, frappent de plein fouet sa carrière. Ruiné, affaibli par la maladie, Offenbach reste cependant fidèle à son rêve de reconnaissance. Il se lance dans un projet d’opéra sérieux : Les Contes d’Hoffmann, œuvre sombre et romantique, à rebours de ses opérettes légères.
Il meurt le 5 octobre 1880, sans voir la création de cette œuvre majeure, qui triomphera quelques mois plus tard à l’Opéra-Comique. Offenbach aura ainsi connu la gloire, le déclin… et, post-mortem, la consécration. Aujourd’hui, son nom incarne l’élégance satirique du Second Empire et l’invention d’un genre musical à part entière, entre comédie et virtuosité.