DEIR AL-BALAH (Territoire de Gaza) — Le bilan humain de la guerre entre Israël et le Hamas a franchi un seuil tragique : plus de 55 000 Palestiniens ont été tués en vingt mois de conflit, ont annoncé mercredi les autorités sanitaires de Gaza. Selon les hôpitaux locaux, au moins 21 personnes ont péri en tentant de rejoindre des points de distribution d’aide humanitaire.
Les circonstances de ces décès restent floues. L’armée israélienne a déclaré avoir tiré des coups de semonce dans le centre de Gaza sur des « suspects » qui représentaient une menace pour les troupes. La Gaza Humanitarian Foundation (GHF), qui gère plusieurs centres de distribution d’aide, a affirmé qu’au moins cinq de ses employés avaient été tués dans une attaque qu’elle attribue au Hamas, alors qu’ils se rendaient sur l’un de ces sites.
Le ministère de la Santé de Gaza, qui dépend de l’administration du Hamas mais est dirigé par des professionnels de santé, a annoncé un total de 55 104 morts et 127 394 blessés depuis le début de la guerre. Ce chiffre, qui ne distingue pas civils et combattants, indique néanmoins que plus de la moitié des victimes sont des femmes et des enfants. De nombreuses personnes restent coincées sous les décombres ou dans des zones inaccessibles, ce qui rend le bilan encore plus incertain. Israël, de son côté, affirme cibler uniquement les combattants et accuse le Hamas d’utiliser les civils comme boucliers humains.
Mercredi également, Israël a annoncé avoir retrouvé les corps de deux otages supplémentaires dans la bande de Gaza. Selon les autorités, 53 personnes restent captives, dont moins de la moitié sont supposées encore en vie.
Sur le terrain, les incidents violents se multiplient près des centres de distribution. À Rafah, 14 personnes ont été tuées en chemin vers un centre d’aide, selon les responsables de la santé, tandis que sept autres ont trouvé la mort près d’un site du centre de Gaza. La mère d’une adolescente de 16 ans tuée à Rafah a confié avoir perdu sa fille alors qu’elles tentaient de récupérer de la nourriture.
Le système d’aide mis en place récemment en marge de celui des Nations Unies est vivement critiqué. Selon la GHF, il n’y a eu aucun acte de violence sur les lieux de distribution, mais les tirs israéliens visent régulièrement les foules en approche. L’organisation affirme que son bus transportant deux douzaines de travailleurs a été attaqué par le Hamas, causant cinq morts et plusieurs blessés, et craint des enlèvements. L’AP n’a pas pu vérifier cette version.
Le système d’aide de l’ONU, fortement perturbé par les restrictions israéliennes et l’effondrement de l’ordre public, peine à acheminer les denrées nécessaires. Les experts alertent sur une faim généralisée et le risque imminent de famine dans l’enclave de deux millions d’habitants si le blocus israélien n’est pas levé et les opérations militaires stoppées.
Par ailleurs, Israël a récupéré les corps de deux otages à Khan Younis, dont celui de Yair Yaakov, tué le 7 octobre 2023, lors de l’attaque initiale du Hamas. Sa compagne et leurs deux enfants avaient été libérés lors d’une trêve. Le Hamas exige, en échange de la libération des derniers otages, un cessez-le-feu permanent, le retrait israélien total et la libération de prisonniers palestiniens. Israël rejette ces conditions, affirmant vouloir poursuivre la guerre jusqu’à l’élimination du Hamas.
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a réitéré son intention de maintenir un contrôle indéfini sur Gaza et d’encourager l’émigration de sa population vers d’autres pays — un projet fermement rejeté par les Palestiniens et la majorité de la communauté internationale, qui le considèrent comme une forme d’expulsion forcée contraire au droit international.