– Négociations secrètes Israël-Syrie : les Émirats arabes unis jouent les médiateurs pour apaiser les tensions régionales
Négociations secrètes Israël-Syrie : les Émirats arabes unis jouent les médiateurs pour apaiser les tensions régionales

Les Émirats arabes unis ont récemment mis en place un canal de communication discret entre Israël et la Syrie, dans une tentative de désescalade entre deux voisins historiquement ennemis, selon des sources proches du dossier citées par Reuters. Cette médiation confidentielle, qui n’avait jusqu’ici jamais été révélée, intervient alors que les tensions militaires et diplomatiques entre les deux pays se sont intensifiées ces dernières semaines, notamment à la suite de frappes israéliennes en Syrie.

Ce canal indirect, créé quelques jours après la visite du président syrien Ahmed al-Sharaa à Abou Dhabi le 13 avril, se concentre sur des questions techniques de sécurité et de renseignement, ont précisé trois sources — une directement impliquée, une responsable sécuritaire syrienne, et un agent de renseignement régional. Le dispositif, facilité par les Émirats arabes unis, inclut également d’anciens responsables du renseignement israélien. Les discussions ne portent pas, pour l’instant, sur les activités militaires israéliennes en territoire syrien, mais bien sur des dossiers liés à la lutte contre le terrorisme et à la confiance mutuelle.

Cette initiative intervient dans un climat explosif. La semaine dernière, Israël a mené plusieurs frappes sur le sol syrien, dont l’une à moins de 500 mètres du palais présidentiel à Damas. Bien qu’il soit difficile de savoir si le mécanisme de dialogue secret a été utilisé depuis ces frappes, les sources évoquent également une médiation parallèle et informelle menée par d’autres canaux diplomatiques. Israël a justifié ses opérations comme une réponse aux menaces visant les Druzes syriens, une minorité religieuse présente dans plusieurs pays du Levant.

Le président Sharaa, à la tête d’un nouveau gouvernement à Damas depuis la chute de Bachar al-Assad, tente d’apparaître comme un partenaire non hostile vis-à-vis d’Israël. Il a multiplié les gestes symboliques, comme la rencontre avec des représentants de la communauté juive et l’arrestation de deux membres du Jihad islamique palestinien, en rupture avec les positions traditionnelles du régime syrien. Dans une lettre adressée au département d’État américain, le ministère syrien des Affaires étrangères a même affirmé que la Syrie « ne permettra pas de devenir une source de menace pour aucune partie, y compris Israël ».

Cependant, des inquiétudes persistent, notamment autour du passé islamiste de Sharaa, ancien membre d’Al-Qaïda avant sa rupture officielle en 2016. Israël, qui mène depuis des années une campagne militaire contre la présence iranienne et celle du Hezbollah en Syrie, a intensifié ses frappes depuis la prise de pouvoir des rebelles en décembre. Le gouvernement israélien redoute particulièrement l’ancrage de groupes islamistes dans le sud syrien, proche de ses frontières.

La relation entre Abou Dhabi et Damas semble avoir joué un rôle central dans cette tentative de rapprochement. La rencontre d’avril entre Sharaa et le président émirati Cheikh Mohamed bin Zayed Al Nahyan s’est prolongée durant plusieurs heures, au point de retarder des engagements ultérieurs du dirigeant syrien. Quelques jours plus tard, le canal de négociation avec Israël était mis en place.

La situation intérieure syrienne reste toutefois instable. Les tensions communautaires, notamment dans la région druze de Suweida, ont récemment provoqué des affrontements sanglants. Le gouvernement a dû conclure un accord avec les factions druzes locales pour intégrer leurs membres dans les forces de sécurité, dans le but de calmer les violences. La promesse de Sharaa d’unifier les différentes composantes de l’armée syrienne reste fragile, dans un pays encore marqué par 14 années de guerre civile.

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