LE CAIRE — Le gouvernement soudanais a accusé pour la première fois les Émirats arabes unis (EAU) d’avoir mené une attaque militaire directe sur son territoire, affirmant que l’État du Golfe est responsable d’une frappe aérienne ayant visé Port-Soudan le 4 mai. Cette accusation marque une escalade significative dans le conflit qui oppose l’armée régulière aux Forces de soutien rapide (RSF), un groupe paramilitaire puissant.
Lors d’une déclaration à New York, l’ambassadeur du Soudan auprès des Nations Unies, al-Harith Idris, a affirmé que l’attaque avait été lancée à l’aide de drones et d’avions de guerre opérant depuis une base émiratie sur la mer Rouge, avec le soutien de navires militaires des Émirats. Il a précisé que cette frappe serait une riposte à une attaque de l’armée soudanaise la veille contre un avion de guerre présumé émirati stationné dans la ville de Nyala, bastion des RSF, qui aurait fait treize morts, dont des ressortissants émiratis.
En réaction, les Émirats arabes unis ont fermement rejeté ces accusations. Dans un communiqué, un représentant officiel a qualifié ces allégations de « sans fondement » et a accusé les autorités soudanaises de chercher à détourner l’attention de leur propre responsabilité dans les violences en cours. « Il est profondément regrettable que les autorités de Port-Soudan continuent de perpétrer des violences contre leurs propres citoyens tout en accusant d’autres pays sans preuve », a-t-il déclaré.
Déjà tendues, les relations diplomatiques entre Khartoum et Abou Dhabi ont été rompues plus tôt ce mois-ci. Le Soudan accuse les Émirats d’alimenter le conflit en livrant des armes sophistiquées aux RSF, dans une guerre civile qui a éclaté en avril 2023, à la suite d’un désaccord sur la fusion des deux forces rivales dans une armée unifiée.
Jusqu’à l’attaque du 4 mai, Port-Soudan, ville stratégique sur la mer Rouge et centre logistique majeur pour l’aide humanitaire et la diplomatie internationale, avait été épargnée par les frappes aériennes. L’armée soudanaise affirme aujourd’hui avoir repris le contrôle total de la capitale de l’État de Khartoum, alors que les attaques de drones — largement attribuées aux RSF — ont ciblé à plusieurs reprises des infrastructures essentielles dans les zones tenues par l’armée, provoquant coupures d’eau et de courant.
L’accusation soudanaise contre les Émirats, si elle était fondée, révélerait une implication directe et grave d’un État étranger dans une guerre qui a déjà fait des milliers de morts et déplacé des millions de civils.