Dans les années 1930, des archéologues américains étudiant les civilisations anciennes du nord de l’Irak avaient également photographié la communauté yazidie voisine, immortalisant leur vie quotidienne. Ces clichés en noir et blanc, longtemps oubliés dans les archives du musée d’archéologie et d’anthropologie de l’Université de Pennsylvanie, ont refait surface après la campagne de destruction menée par le groupe État islamique contre cette minorité religieuse.
Près de 300 photographies ont été rassemblées par le doctorant Marc Marin Webb en 2022, dont certaines montrent des sanctuaires et des cérémonies familiales effacés depuis par la guerre. Les Yazidis, l’une des plus anciennes communautés d’Irak, ont été victimes d’un génocide reconnu par l’ONU, qui a fait des milliers de morts, de déplacés et de femmes réduites en esclavage. Leurs lieux de culte et leur patrimoine culturel ont été largement détruits.
Pour les membres de la diaspora, ces images représentent bien plus qu’un souvenir. Ansam Basher, aujourd’hui enseignante en Angleterre, a découvert dans la collection les photos du mariage de ses grands-parents, célébré au début des années 1930. « Voir soudain renaître mon histoire familiale, alors que tous mes albums et vidéos avaient disparu à cause de Daech, c’est une immense joie », a-t-elle confié, bouleversée.
Ces clichés montrent aussi la vie quotidienne des Yazidis avant les persécutions : maisons, rassemblements religieux, scènes de travail. Pour les chercheurs, ils constituent une mémoire visuelle précieuse qui contredit la volonté d’effacement de l’État islamique. « Ces photographies deviennent en elles-mêmes un acte de résistance », souligne le documentariste Nathaniel Brunt, qui collabore au projet.
Une première exposition a été organisée en avril dernier dans la région de Sinjar, berceau historique des Yazidis. Présentées parfois en plein air, sur les mêmes lieux qu’elles représentaient près d’un siècle plus tôt, elles ont été accueillies comme une manière de « redonner vie à une mémoire menacée », selon Marin Webb.
Pour la communauté, éclatée aujourd’hui entre l’Irak, l’Europe et l’Amérique du Nord, ce fonds constitue un lien tangible avec ses racines. Partagées sur les réseaux sociaux, ces photos aident aussi à transmettre une autre image de l’Irak : un pays riche d’histoire et de diversité culturelle, bien au-delà des guerres et de la souffrance.