En Cisjordanie occupée, la petite ville de Sinjil, au nord de Ramallah, vient de basculer dans une nouvelle forme d’enfermement. Encerclée presque entièrement par une clôture israélienne, la localité de 8 000 habitants ne dispose désormais que d’une seule entrée accessible, contrôlée par un checkpoint militaire. Pour de nombreux Palestiniens, Sinjil est devenue une « grande prison », symbole glaçant de la politique d’enfermement israélienne en territoire occupé.
Depuis le début de la guerre à Gaza en octobre 2023, les autorités israéliennes ont considérablement renforcé les restrictions de circulation en Cisjordanie. Multiplication des barrages, fouilles systématiques, arrestations massives : les habitants de Sinjil – comme dans d’autres villages de la région – vivent désormais sous bouclage permanent. Les travailleurs ne peuvent plus accéder à leurs emplois, les agriculteurs sont coupés de leurs terres, et les malades voient leur accès aux soins bloqué.
Officiellement, Tel-Aviv invoque des raisons de « sécurité » : prévenir les attaques contre les colons israéliens, dont la présence illégale dans les territoires occupés ne cesse de s’étendre. Mais sur le terrain, cette stratégie se traduit par un étouffement systématique du tissu palestinien. La clôture enserrant Sinjil n’est pas un mur de séparation : c’est un outil de domination et de fragmentation territoriale, destiné à couper les villes arabes de leur environnement naturel, économique et social.
Pour les défenseurs de la souveraineté palestinienne, la manœuvre n’a rien d’un hasard : elle s’inscrit dans la logique coloniale d’annexion lente, qui vise à rendre impossible l’émergence d’un État viable. En contrôlant chaque accès, chaque route, chaque oliveraie, Israël poursuit l’asphyxie méthodique de la Cisjordanie, pendant que la communauté internationale détourne les yeux, obnubilée par le front de Gaza.
À Sinjil, les habitants ne demandent pas un privilège : seulement le droit fondamental de circuler, de travailler et de vivre sur leur propre terre. Mais sous la botte de l’occupation, ce droit est devenu un luxe. Derrière les clôtures, ce n’est pas seulement une ville que l’on enferme : c’est un peuple que l’on tente de faire disparaître, mètre après mètre, checkpoint après checkpoint.