Dans les forêts profondes des Borders écossais, près de la ville de Jedburgh, une scène inhabituelle intrigue les habitants et les autorités : un petit groupe se revendiquant du Royaume de Kubala, un royaume africain autoproclamé, a installé depuis plusieurs mois un campement sauvage et revendique officiellement des terres « volées à leurs ancêtres il y a 400 ans ». À leur tête, un couple se présentant comme le roi et la reine de ce royaume oublié, rejoue dans les bois une scène de souveraineté spirituelle et identitaire. Un roi et une reine dans les bois écossais : naissance du Royaume de Kubala
Le groupe est dirigé par Queen Nandi, également connue sous le nom de Jean Gasho, et King Atehene, de son vrai nom Kofi Offeh. Ensemble, ils affirment vivre selon les principes d’une monarchie africaine spirituelle et ancestrale, qu’ils auraient réactivée sur ce sol européen. Le campement est organisé autour d’un feu central, où les membres du groupe chantent, prient et vivent de manière rudimentaire, vêtus de feuilles et de tissus faits main. Pour eux, il ne s’agit pas d’une simple installation sauvage, mais d’une réappropriation symbolique de terres qu’ils considèrent comme faisant partie de leur héritage spirituel.
Une occupation jugée illégale par les autorités locales
Les autorités écossaises n’ont pas tardé à réagir à cette installation jugée illégale. Dès la fin juillet, le conseil local et la police ont exigé le démantèlement du premier camp. Peu de temps après, celui-ci a été ravagé par un incendie criminel, que le groupe a dénoncé comme un acte de haine. Contraints de fuir, les membres de Kubala ont trouvé refuge dans un autre bois reculé, avec le soutien ponctuel de certains habitants sympathisants, mais ont refusé toute proposition de relogement institutionnel. Ils affirment vouloir vivre libres, hors du système moderne, selon une « loi naturelle » inspirée de principes bibliques et spirituels.
Une mise en scène ou un acte de foi ?
L’installation du Royaume de Kubala divise. Pour certains, il s’agirait d’un acte de foi sincère : un retour à une existence harmonieuse, tribale, inspirée de traditions africaines et spirituelles. Pour d’autres, la démarche semble calculée, théâtralisée, et motivée par la volonté d’attirer l’attention médiatique ou financière. L’esthétique du camp, les rituels, les discours sur les réseaux sociaux alimentent en effet l’idée d’un projet plus complexe, oscillant entre revendication politique et performance spirituelle.
Le Royaume de Kubala face aux questions juridiques et symboliques
L’initiative soulève de nombreuses interrogations. Peut-on revendiquer des terres au nom d’une histoire supposément perdue depuis plusieurs siècles ? Comment concilier liberté spirituelle et respect des lois foncières ? Le Royaume de Kubala, qui se présente comme souverain et indépendant, rejette l’autorité des lois écossaises modernes, affirmant agir au nom d’un droit supérieur, non écrit, hérité d’une mémoire collective effacée. Face à cela, les autorités locales restent prudentes, oscillant entre fermeté juridique et retenue diplomatique.
Une histoire à la frontière du réel et du symbolique
L’affaire du Royaume de Kubala interpelle par sa singularité. Au-delà de l’aspect folklorique ou insolite, elle soulève des questions fondamentales sur la souveraineté, l’héritage, la mémoire et l’identité. Dans un pays marqué par ses propres traumatismes historiques, comme les « Highland Clearances », qui virent des populations entières dépossédées de leurs terres, cette revendication venue d’ailleurs fait écho à des douleurs toujours sensibles. La forêt écossaise, cadre silencieux de cette mise en scène royale, devient ainsi le théâtre d’un affrontement plus vaste entre passé, pouvoir et foi.