Des dizaines de milliers de manifestants, majoritairement des étudiants, ont envahi samedi les rues de Belgrade pour exiger des élections anticipées et dénoncer les douze années de pouvoir du président serbe Aleksandar Vucic. Ce vaste rassemblement, marqué par une atmosphère tendue mais pacifique, s’inscrit dans un mouvement antigouvernemental qui prend de l’ampleur depuis plusieurs mois.
Sur la place Slavija et l’avenue Nemanjina, au cœur de la capitale serbe, les manifestants se sont massés devant les institutions gouvernementales, entourées d’un imposant dispositif policier. En parallèle, des partisans de Vucic, mobilisés par autobus depuis tout le pays, tenaient une contre-manifestation non loin de là, sous la protection des forces de l’ordre en tenue anti-émeute.
Le président Vucic, qui entame la seconde moitié de son deuxième mandat, a catégoriquement refusé toute idée d’élections anticipées. Sa coalition, menée par le Parti progressiste serbe (SNS), contrôle actuellement 156 des 250 sièges du parlement. Face à la contestation, il a dénoncé une ingérence étrangère dans les mobilisations, sans en fournir de preuve, tout en appelant les forces de l’ordre à faire preuve de retenue. « Le pays sera défendu et les voyous seront traduits en justice », a-t-il déclaré à la presse.
Les protestataires accusent le président et son entourage de corruption, de collusion avec le crime organisé, de violences politiques et de musèlement des médias. Des accusations que Vucic rejette catégoriquement. Pourtant, le ras-le-bol est palpable, comme en témoigne Sladjana Lojanovic, une agricultrice venue soutenir les jeunes : « Les institutions ont été usurpées. Il y a trop de corruption. Les élections sont la seule issue, mais je doute qu’il parte sans y être forcé. »
Depuis le mois de décembre, des manifestations régulières réunissent étudiants, enseignants, ouvriers, agriculteurs et simples citoyens. Le point de départ : l’effondrement du toit de la gare de Novi Sad, qui a causé la mort de 16 personnes. Pour beaucoup, ce drame symbolise l’impunité et la négligence du pouvoir en place.
Dans les jours précédant la manifestation de samedi, la tension est montée d’un cran avec l’arrestation d’une douzaine de militants antigouvernementaux, accusés d’atteinte à la Constitution et de terrorisme — des accusations que les intéressés rejettent comme politiquement motivées.
Le rassemblement de samedi coïncidait avec la Saint-Guy, fête religieuse majeure en Serbie, commémorant la bataille du Kosovo de 1389. Une date symbolique que les manifestants ont voulu mettre à profit pour réclamer un tournant historique. Ils promettent de poursuivre leur mobilisation jusqu’à obtenir des concessions politiques. En attendant, la rue fait pression, et le pouvoir tente de contenir sans céder.