Un scandale fragilise les relations entre le Pérou et la Chine sur fond de pressions américaines AP
Un scandale fragilise les relations entre le Pérou et la Chine sur fond de pressions américaines

Un scandale lié à des rencontres non déclarées entre le président par intérim du Pérou, José Jeri, et un homme d’affaires chinois a ravivé les interrogations sur les liens étroits entre Lima et Pékin, au moment où les États-Unis intensifient leur surveillance de l’influence chinoise en Amérique latine.

Arrivé au pouvoir en octobre après la destitution de Dina Boluarte, Jeri a reconnu avoir rencontré à trois reprises, entre décembre et janvier, l’homme d’affaires Zhihua Yang, tout en niant toute malversation. Ce dernier possède des commerces d’importation chinoise et détient une concession dans le secteur énergétique, tout en ayant été cité dans des enquêtes parlementaires portant sur de possibles affaires de corruption.

L’affaire, surnommée « Chifagate » par les médias locaux, a conduit des parlementaires de l’opposition à déposer des motions de destitution contre le chef de l’État par intérim. Le parquet péruvien a également ouvert une enquête préliminaire pour trafic d’influence présumé, des accusations rejetées par Jeri. Les Péruviens doivent élire un nouveau président le 12 avril, dans un pays marqué par une instabilité politique chronique malgré une croissance soutenue portée par les revenus miniers.

Ce scandale survient alors que Washington accentue ses efforts pour contenir l’influence de Pékin dans l’hémisphère occidental. Selon plusieurs analystes, l’administration du président Donald Trump pourrait chercher à remettre en question les investissements chinois au Pérou, à l’image des pressions exercées récemment sur d’autres pays de la région.

La Chine demeure toutefois un partenaire économique central pour le Pérou. Un accord de libre-échange signé en 2009 a fait de Pékin le premier partenaire commercial du pays dès 2015. Selon les données officielles, la Chine représente environ un tiers du commerce extérieur péruvien, contre 14 % pour les États-Unis. Des entreprises chinoises contrôlent notamment d’importantes mines de cuivre, une large part de la production énergétique et le mégaport de Chancay, inauguré fin 2024.

Si ces liens solides rendent difficile un désengagement rapide, le scandale a terni l’image du gouvernement. La cote de popularité de José Jeri est passée de 51 % à 41 % depuis l’éclatement de l’affaire, et près de huit Péruviens sur dix estiment que ces rencontres révèlent des signes de corruption. Une défiance qui pourrait peser durablement sur la relation entre le Pérou et la Chine, dans un contexte géopolitique de plus en plus tendu.

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