BOULDER, Colorado (AP) — Un juge fédéral américain a ordonné mercredi la suspension immédiate des procédures de déportation visant la famille de Mohamed Sabry Soliman, un Égyptien accusé d’avoir perpétré une attaque à la bombe incendiaire contre un rassemblement à Boulder, dans le Colorado. Cette décision vise à protéger les droits constitutionnels de sa femme et de leurs cinq enfants.
La famille de Soliman, qui n’est pas poursuivie pénalement, avait été arrêtée mardi par les services de l’immigration. Le juge Gordon P. Gallagher a répondu favorablement à leur requête, soulignant que l’expulsion de proches d’un suspect n’est pas justifiée en l’absence d’accusations à leur encontre.
Soliman, 45 ans, a été inculpé d’un crime de haine fédéral et de plusieurs chefs de tentative de meurtre dans l’État du Colorado. Il aurait lancé deux cocktails Molotov contre un groupe de personnes manifestant pour la libération d’otages israéliens à Gaza. Il a reconnu les faits lors de sa garde à vue, selon les autorités. Toutefois, sa femme et leurs enfants — tous citoyens égyptiens — n’ont fait l’objet d’aucune charge.
La défense dénonce une tentative de punir une famille entière pour les actes supposés d’un seul individu. « Il est manifestement illégal de punir des personnes pour les crimes de leurs proches », ont écrit les avocats dans leur plainte. L’un d’eux, Eric Lee, a dénoncé une dérive incompatible avec les valeurs démocratiques américaines. « Le fait de punir un enfant de quatre ans pour ce qu’un parent aurait fait est profondément choquant, peu importe le statut de citoyenneté », a-t-il déclaré.
Le Département de la sécurité intérieure, par la voix de Tricia McLaughlin, a rejeté ces arguments, qualifiant les plaintes de « grotesques » et accusant la famille entière d’être en situation irrégulière sur le sol américain. « Tout comme leur mari et père criminel, ils sont ici illégalement et doivent être expulsés », a-t-elle affirmé.
Les autorités ont indiqué que la famille était détenue dans un centre d’immigration au Texas. Selon la plainte, la mère, Hayam El Gamal, ingénieure en réseau née en Arabie saoudite, dispose d’une demande de visa EB-2 en cours, une procédure réservée aux professionnels hautement qualifiés. Elle et ses enfants sont également répertoriés comme dépendants de la demande d’asile introduite par Soliman.
Le climat émotionnel est resté lourd à Boulder, où environ 200 personnes se sont réunies mercredi soir pour une veillée à la mémoire des victimes, à la Jewish Community Center. Plusieurs témoins ont raconté la scène avec effroi, évoquant des personnes prises dans les flammes et des cris de panique.
Selon les autorités, 15 personnes — huit femmes et sept hommes âgés de 25 à 88 ans — ont été blessées, ainsi qu’un chien. L’agresseur aurait préparé l’attaque depuis plus d’un an et avait initialement prévu de lancer 18 engins incendiaires. Il aurait renoncé à poursuivre après les deux premiers jets, déclarant « avoir eu peur » car il « n’avait jamais blessé personne auparavant ».
Mohamed Soliman est actuellement incarcéré avec une caution fixée à 10 millions de dollars. Son audience est prévue ce jeudi devant un tribunal de l’État. Il aurait agi seul, affirmant lors de son interrogatoire vouloir « tuer tous les sionistes », sans exprimer le moindre remords.
L’attaque s’inscrit dans un contexte de forte tension lié au conflit Israël-Hamas, marqué par une recrudescence d’actes antisémites aux États-Unis. Elle survient quelques jours seulement après une fusillade meurtrière à Washington, également motivée par le conflit au Proche-Orient.