Tunisie : deux ans de prison pour une avocate critique du président Kais Saied
Tunisie : deux ans de prison pour une avocate critique du président Kais Saied

Le tribunal de Tunis a condamné lundi l’avocate Sonia Dhamani à deux ans de prison, une décision qui suscite l’indignation de ses défenseurs et des organisations de défense des droits humains. Figure critique du président tunisien Kais Saied, Dhamani était poursuivie pour des propos tenus à la télévision, dans lesquels elle dénonçait les traitements infligés aux migrants d’Afrique subsaharienne en Tunisie.

Le procès s’est déroulé dans un climat tendu. Les avocats de la défense ont quitté l’audience en signe de protestation après le refus du juge d’accorder un ajournement. Ils affirment que leur cliente est jugée deux fois pour les mêmes faits, ce qui constitue, selon eux, une violation flagrante des principes de justice. « Ce qui se passe est une farce. Sonia est jugée deux fois pour la même déclaration », a déclaré Me Sami Ben Ghazi à l’agence Reuters.

Arrêtée l’an dernier à la suite de ses critiques publiques à l’égard de la politique gouvernementale sur les migrants sans papiers, Sonia Dhamani s’était exprimée lors d’une émission télévisée très suivie. Elle y avait dénoncé les discours et les mesures qu’elle jugeait discriminatoires à l’encontre des ressortissants subsahariens. Des déclarations qui avaient immédiatement suscité la controverse et l’hostilité de certains cercles proches du pouvoir.

Pour Me Bassem Trifi, l’un des avocats de la défense, cette condamnation est une « grave injustice ». Selon lui, l’affaire illustre l’instrumentalisation croissante de la justice pour faire taire les voix dissidentes dans le pays. Des ONG, dont Human Rights Watch, ont également dénoncé un climat de répression croissante depuis que le président Kais Saied a consolidé son pouvoir par des réformes constitutionnelles controversées.

La condamnation de Sonia Dhamani intervient dans un contexte de tensions politiques et sociales accrues en Tunisie, où la liberté d’expression semble de plus en plus menacée. De nombreux observateurs s’inquiètent d’un recul de l’État de droit et d’une dérive autoritaire, alors que plusieurs journalistes, avocats et opposants politiques ont récemment fait l’objet de poursuites judiciaires.

Cette affaire devrait raviver le débat national et international sur l’état des libertés en Tunisie, alors que le pays, berceau du printemps arabe, peine à consolider ses acquis démocratiques face à une gouvernance de plus en plus centralisée et contestée.

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