Onze morts en détention en moins de deux mois, plus de 4 000 postes vacants, un retard d’entretien estimé à 3 milliards de dollars… Alors que le Bureau fédéral des prisons (BOP) est en crise, le président Donald Trump vient d’ajouter un nouveau défi à son agenda carcéral : la réouverture d’Alcatraz, l’ancienne prison de haute sécurité située sur une île au large de San Francisco, fermée depuis plus de 60 ans.
Dans un message posté dimanche sur sa plateforme Truth Social, Trump a ordonné de « RECONSTRUIRE ET ROUVRIR ALCATRAZ ! », affirmant que l’établissement — qu’il veut agrandi et modernisé — accueillerait « les criminels les plus violents et impitoyables » du pays. « Cela deviendra un symbole de Loi, d’Ordre et de JUSTICE », a-t-il écrit.
Le nouveau directeur du Bureau des prisons, William K. Marshall III, a répondu lundi en assurant que son administration « poursuivra vigoureusement toutes les options pour mettre en œuvre l’agenda du président ». Il a ordonné une évaluation immédiate des besoins et prochaines étapes. « USP Alcatraz a une histoire riche. Nous avons hâte de restaurer ce puissant symbole », a-t-il déclaré.
Alcatraz, jadis joyau du système pénitentiaire fédéral, a accueilli des figures célèbres du crime comme Al Capone ou « Machine Gun » Kelly. Mais son coût d’exploitation avait poussé le ministère de la Justice à la fermer en 1963. Depuis, l’île est devenue un site touristique prisé, géré par le National Park Service, ce qui pourrait entraîner un bras de fer administratif si le BOP tente d’en reprendre le contrôle.
Cette annonce présidentielle survient alors que le BOP fait face à de graves difficultés. Une enquête de l’Associated Press a récemment révélé de nombreux problèmes systémiques : criminalité au sein du personnel, trafics d’armes et de drogue, évasions, violences, et pénuries de personnel affectant gravement les opérations. Le système souffre aussi d’un effondrement de ses infrastructures : des milliers de lits sont inutilisables à cause de moisissures, d’amiante ou de toitures dangereuses.
Dans ce contexte, la décision de Trump semble déconnectée des réalités du terrain. Depuis mi-mars, onze détenus fédéraux sont morts dans des circonstances diverses. À la prison de Miami, un homme d’affaires accusé d’avoir tué sa femme s’est suicidé fin avril. Quelques jours plus tôt, un autre détenu a été tué lors d’une rixe en Louisiane. Ces événements s’ajoutent à d’autres crises sanitaires et sécuritaires, comme la propagation simultanée de la tuberculose et du COVID-19 dans le centre de détention de Miami.
Alors que Trump érige Alcatraz en symbole d’un retour à l’ordre, d’autres établissements ferment. C’est le cas de la prison de Dublin, en Californie, vidée de ses détenues après des révélations sur des abus sexuels systémiques, ou du Metropolitan Correctional Center de Manhattan, fermé depuis le suicide de Jeffrey Epstein.
Si le président voit dans Alcatraz un emblème de l’Amérique punitive d’antan, la réalité du système carcéral fédéral en 2025 est marquée par la pénurie, la violence, la négligence… et désormais, une île fantôme à ressusciter.