Tempête au Liban: le Hezbollah fait censurer Walid Abboud, le «Thierry Ardisson» libanais, avec la complicité du gouvernement et du ministre de l’Information Paul Morcos
Tempête au Liban: le Hezbollah fait censurer Walid Abboud, le «Thierry Ardisson» libanais, avec la complicité du gouvernement et du ministre de l’Information Paul Morcos

Si certains pensaient que le Hezbollah n’avait plus de pouvoir au Liban, malheureusement, ils se trompent ! Alors que l’élection de Joseph Aoun était un motif d’espoir pour le pays, et que le gouvernement avait réussi à faire en sorte que le Hezbollah ne se mêle pas du conflit entre l’Iran et Israël, au risque de voir le Liban rebasculer dans les ténèbres, une polémique dans les médias prouve que le Hezbollah reste encore reste bien trop puissant. Et que visiblement, la liberté d’expression est bien loin d’être acquise dans le pays du Cèdre, où personne ne peut critiquer quoique ce soit sans risquer une enquête pour normalisation ou collaboration avec l’ennemi. Le Hezbollah fait-il encore la pluie et le beau temps ? De toute évidence, oui. Et le pire dans tout ça : avec l’approbation du gouvernement libanais, et notamment de son ministre de l’Information Paul Morcos. Retour sur les faits…

La vidéo qui a tout embrasé

Tout a commencé lors de l’émission Blanc ou noir, présentée par le journaliste Walid Abboud, le «Thierry Ardisson» libanais, diffusée sur la chaîne Hala Arabia. Au cours de cette émission, Walid Abboud attaque  l’Iran, le Hezbollah et les alliés de Washington.

Dans les détails, Walid Abboud adopte un ton polémique en opposant deux camps, sous le titre «Foutez-nous la paix !», prenant la parole tour à tour sous différentes casquettes pour s’adressant à chacun d’eux. Il s’adresse d’abord au camp de la «moumanaa» (résistance anti-occidentale) en disant: « Foutez-nous la paix ! Vous, vos armes, vos drones, vos missiles, vos porte-voix, vos drapeaux, votre guide, votre Iran et votre axe. Quant à votre parti divin (le Hezbollah), il a rempli le Liban d’armes et de drones, tout en prétendant être le salut du pays, alors qu’il le détruit… Nous ne vous voyons plus comme une résistance… Quand nous vous voyons, nous entendons le bruit des armes et sentons l’odeur de la mort… »

Walid Abboud se tourne ensuite vers l’autre camp, déclarant : « Vous aussi, foutez-nous la paix ! Vous qui célébrez les frappes israéliennes contre le réacteur nucléaire iranien qui freine l’hégémonie occidentale… Son arme est pour vous un danger, mais pour nous un équilibre. Vous avez pris le Liban en otage au nom de la souveraineté, étranglé l’économie au nom de la réforme, vendu des illusions au nom de la neutralité, et choisi la soumission au nom de la résistance. Votre voix est dissonante, votre résistance est faite d’injures, et votre patriotisme est un complexe d’infériorité face à tout ce qui est occidental.

Qui vous a fait croire que l’alignement sur Washington n’est pas une forme de collaboration ? Et qui vous a dit que l’amour de la patrie signifie oublier la Palestine et Jérusalem ? Vous n’êtes pas souverainistes, vous êtes des mercenaires en cravate. Quant à notre banlieue, elle incarne la résilience, et non les tombes des rêves comme vous le prétendez. »

L’appel à la censure des partisans du Hezbollah : le gouvernement libanais complice

Suite à cette émission, des partisans du Hezbollah ont appelé le ministère de l’Information et le ministre Paul Morcos afin d’agir sur ce qu’ils considèrent comme un « discours sectaire et incitant à la discorde » visant une partie de la population. Au passage, ils se sont appuyés sur le premier extrait qui visait le Hezbollah, sans tenir comte du fait que Walid Abboud avait, dans un second temps, également fortement critiqué Washington et ses alliés, et s’atait donc adressé autant aux partisans de l’Iran qu’à ses opposants.

Aussi incroyable que ça puisse paraître, après cette plainte des partisans du Hezbollah, le ministre libanais de l’Information, Paul Morcos, a purement et simplement ordonné l’arrêt de l’émission de Walid Abboud. Une décision aussi incompréhensible que scandaleuse, qui a soulevé un tollé chez les défenseurs de la liberté d’expression, qui dénoncent une décision totalement injuste et arbitraire. Une décision qui démontre, s’il en était besoin, la toute puissante du Hezbollah au Liban, chaque parole critique, fusse-t-elle accompagnée d’un contrepoint, engendrant une censure immédiate, la preuve avec cet épisode…

Le Club de la Presse, le Syndicat des employés de la télévision au Liban et l’association “Journalistes pour la liberté” ont dans la foulée publié chacun un communiqué, s’étonnant de la campagne de dénigrement contre Walid Abboud, et une atteinte scandaleuse à la liberté d’expression, qui “constitue une violation flagrante du principe de la liberté de la presse, ainsi qu’une infraction à la Constitution libanaise qui garantit la liberté d’opinion et d’expression.”

Dans un esprit de solidarité avec le journaliste Walid Abboud, une conférence de presse doit se tenir à Beyrouth, rassemblant des personnalités du monde des médias et des militants politiques. L’objectif est d’éclaircir les circonstances qui ont entraîné la censure brutale et arbitraire de Walid Abboud, ainsi que dénoncer les attaques contre des journalistes, sous peine de voir le Liban devenir un pays répressif et perdre son rôle dans la région…

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