Les autorités taïwanaises ont placé en détention un journaliste de télévision, soupçonné d’avoir versé des pots-de-vin à des officiers de l’armée afin d’obtenir des informations militaires destinées à des contacts en Chine continentale. Cette affaire intervient alors que Taïwan renforce sa lutte contre ce qu’elle considère comme des tentatives d’infiltration de Pékin.
Le parquet du district de Qiaotou a indiqué qu’un tribunal avait ordonné la détention du journaliste, identifié uniquement par le nom de famille Lin, ainsi que de cinq officiers militaires, en activité ou à la retraite. Les procureurs accusent Lin d’avoir versé des sommes allant de quelques milliers à plusieurs dizaines de milliers de dollars taïwanais à des militaires en échange d’informations transmises à des « individus chinois », sans préciser leur identité ni leurs éventuels liens avec le gouvernement chinois.
La chaîne CTi News a toutefois affirmé séparément que l’un de ses reporters, Lin Chen-you, avait été placé en détention. Le média a déclaré ne pas connaître les détails du dossier et a appelé au respect d’une procédure judiciaire équitable. Il a également précisé que ses bureaux n’avaient pas fait l’objet de perquisitions.
Selon les autorités judiciaires, des perquisitions ont en revanche été menées vendredi au domicile du journaliste et chez neuf militaires actuels ou anciens. L’enquête porte sur des soupçons de violations des lois taïwanaises sur la sécurité nationale, la corruption et la divulgation d’informations confidentielles.
D’après sa page Facebook, Lin est un journaliste politique et présentateur couvrant les travaux du Parlement taïwanais. Si Taïwan engage régulièrement des poursuites pour espionnage au sein de l’administration et de l’armée, les accusations visant des journalistes restent rares et particulièrement sensibles dans une société démocratique attachée à la liberté de la presse.
CTi News opère uniquement en ligne depuis que la National Communications Commission a refusé en 2020 de renouveler sa licence de télévision câblée, invoquant des violations répétées des règles et de nombreuses plaintes. Bien qu’un tribunal ait ultérieurement annulé cette décision, le litige judiciaire se poursuit à la suite de plusieurs recours.
Cette affaire s’inscrit dans un contexte de tensions accrues entre Taïwan et la Chine, qui revendique l’île comme faisant partie de son territoire et n’exclut pas le recours à la force pour en prendre le contrôle. Le mois dernier, l’armée chinoise a mené de vastes manœuvres autour de Taïwan après l’annonce par Washington de ventes d’armes d’ampleur à l’île, gouvernée séparément de Pékin depuis 1949.