Syrie : un haut dignitaire chrétien fustige le président après l’attentat sanglant contre une église à Damas
Syrie : un haut dignitaire chrétien fustige le président après l’attentat sanglant contre une église à Damas

DAMAS (Reuters) – Le patriarche grec orthodoxe d’Antioche, Jean X Yazigi, a vivement critiqué mardi le président syrien Ahmed al-Sharaa, lors des funérailles des victimes de l’attentat-suicide qui a frappé l’église Mar Elias à Damas dimanche, tuant au moins 25 fidèles. Il a dénoncé l’inaction des autorités face à la menace sécuritaire et jugé insuffisantes les condoléances du chef de l’État.

Cet attentat, revendiqué par le groupe État islamique selon les autorités syriennes, est le premier à viser une église depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement islamiste de Sharaa en décembre dernier, après la chute du régime Assad. Il ravive les inquiétudes des minorités religieuses, notamment chrétiennes, sur leur avenir dans le pays.

« Avec amour et tout le respect que je vous dois, Monsieur le Président, vous nous avez contactés hier par téléphone… pour nous exprimer vos condoléances. Cela ne nous suffit pas », a déclaré le patriarche devant une foule émue, applaudie par les fidèles. « Le crime commis est bien plus grave que cela. »

Yazigi a insisté sur la nécessité pour le gouvernement d’assurer la sécurité de tous les citoyens, indépendamment de leur religion. « Ce qui est important pour moi – et je le dirai – c’est que le gouvernement assume l’entière responsabilité », a-t-il affirmé.

Les États-Unis ont également condamné l’attaque. La porte-parole du département d’État, Tammy Bruce, a qualifié l’attentat de « brutal et lâche », appelant Damas à garantir la protection des minorités et à traduire les responsables en justice. Elle a réaffirmé le soutien de Washington au gouvernement syrien face aux menaces sécuritaires, tout en exhortant à une gouvernance inclusive.

Avant la guerre civile déclenchée en 2011, les chrétiens représentaient environ 10 % de la population syrienne, estimée à 22 millions. Mais quatorze ans de conflit, de persécutions et d’instabilité ont provoqué un exode massif. Les estimations font désormais état de seulement quelques centaines de milliers de chrétiens encore présents dans le pays.

Dans ce contexte tendu, les propos du patriarche Yazigi sonnent comme un appel à la responsabilité de l’État, mais aussi comme un cri d’alarme lancé au nom de communautés de plus en plus vulnérables et marginalisées dans une Syrie en pleine recomposition politique et religieuse.

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