Après avoir évincé les Émirats arabes unis de plusieurs positions clés au Yémen à la fin de l’an dernier, l’Arabie saoudite déploie désormais des moyens financiers et une influence politique accrus pour consolider son contrôle sur son voisin du sud, selon plusieurs responsables interrogés par Reuters. Cette stratégie marque un retour plus affirmé de Riyad sur la scène régionale après une période davantage centrée sur des priorités internes.
Des sources indiquent que le royaume prévoit d’allouer au moins 3 milliards de dollars au Yémen, en plus d’assumer certaines dépenses auparavant couvertes par Abou Dhabi. L’objectif est de stabiliser des zones stratégiques et de renforcer des acteurs locaux favorables à Riyad, alors que le conflit yéménite reste fragmenté et profondément enraciné.
L’Arabie saoudite espère que ces aides financières, combinées à des incitations politiques, permettront de rassembler des groupes armés, des tribus et des factions rivales afin de présenter un front plus uni face aux Houthis. Des responsables saoudiens estiment que seule une coalition élargie et mieux financée pourra durablement contenir l’influence du mouvement soutenu par l’Iran.
Cette entreprise s’annonce toutefois complexe. Des analystes soulignent que l’économie de guerre qui s’est développée au Yémen, où les combattants sont souvent mieux rémunérés que les enseignants ou les fonctionnaires civils, ne pourra être démantelée qu’à long terme. Selon eux, il faudra des années pour transformer ces dynamiques économiques et sociales profondément ancrées.
Riyad cherche également à renforcer sa crédibilité auprès de partenaires internationaux en se présentant comme un acteur stabilisateur, capable d’investir massivement dans la reconstruction et la gouvernance locales. Cette approche contraste avec les années précédentes, durant lesquelles le royaume avait réduit son engagement direct au Yémen afin de se concentrer sur son ambitieux programme de réformes internes.
Malgré ces efforts, l’issue reste incertaine. La multiplicité des acteurs armés, les rivalités locales et l’ampleur des destructions laissent présager un processus long et fragile, dans lequel l’argent et l’influence politique de l’Arabie saoudite pourraient s’avérer nécessaires, mais pas suffisants, pour remodeler durablement l’équilibre des forces au Yémen.