L’avocat du prince Harry a affirmé lundi devant la Haute Cour de Londres que le quotidien britannique Daily Mail s’était rendu complice d’actes illégaux à grande échelle, notamment des piratages téléphoniques et d’autres atteintes à la vie privée, avec l’implication de dirigeants et de journalistes de haut rang. Ces accusations ouvrent un procès civil de neuf semaines parmi les plus médiatisés au Royaume-Uni ces dernières années.
Le prince Harry, le chanteur Elton John et cinq autres personnalités poursuivent l’éditeur du Daily Mail, Associated Newspapers, pour des faits présumés s’étendant de 1993 à 2011 et au-delà. Les plaignants estiment avoir été victimes d’une collecte illégale et persistante d’informations privées, incluant le piratage de messageries vocales, la mise sur écoute de lignes fixes et le recours à la tromperie, une pratique connue sous le nom de « blagging ».
À l’ouverture de l’audience, l’avocat des plaignants, David Sherborne, a décrit un « recours clair, systématique et persistant » à des méthodes illégales au sein du Daily Mail et du Mail on Sunday. Il a soutenu que des détectives privés mandatés par le journal auraient été utilisés pour obtenir des informations sensibles, parfois concernant des déplacements privés ou des conversations intimes.
Dans une déclaration écrite versée au dossier, le prince Harry a affirmé qu’il était « troublant » de sentir que chacun de ses faits et gestes était surveillé afin d’alimenter des articles de presse. Il a également évoqué l’impact de ces intrusions sur ses relations personnelles et familiales, rappelant son combat de longue date contre certains tabloïds britanniques, qu’il accuse d’avoir contribué au climat ayant entouré la mort de sa mère, la princesse Diana, en 1997.
Associated Newspapers rejette fermement ces accusations, les qualifiant de « calomnies absurdes » et d’éléments d’une campagne de diffamation menée par un groupe fortuné animé par une hostilité personnelle envers la presse. L’éditeur soutient que ses titres n’ont pas été impliqués dans le scandale des écoutes téléphoniques qui a secoué les médias britanniques au cours des deux dernières décennies et affirme que les poursuites auraient dû être engagées plus tôt.
Le procès mettra également à l’épreuve la crédibilité de témoignages d’anciens détectives privés, que l’éditeur juge peu fiables. Les conclusions du juge Matthew Nicklin pourraient avoir des conséquences financières majeures, avec des frais juridiques estimés à plusieurs dizaines de millions de dollars, et pèseront lourdement sur la réputation des parties impliquées.
Pour le prince Harry, cette affaire s’inscrit dans une série de batailles judiciaires contre la presse à sensation. Il a déjà remporté un procès contre Mirror Group Newspapers et obtenu des excuses d’un groupe de presse lié à Rupert Murdoch. Le duc de Sussex doit témoigner jeudi, poursuivant ainsi une démarche qu’il présente comme une mission visant à demander des comptes aux médias pour leurs pratiques passées.