Ouganda : un proche de l'opposition détenu par le fils du président présente des signes de torture
Ouganda : un proche de l'opposition détenu par le fils du président présente des signes de torture

NAIROBI – Un garde du corps du principal opposant politique ougandais, Bobi Wine, a été présenté au tribunal dans un état alarmant, laissant apparaître des signes évidents de torture après avoir été illégalement détenu, selon des responsables et son avocat. Eddie Mutwe, figure de la Plateforme de l’unité nationale (NUP), avait disparu depuis fin avril avant de réapparaître lundi, visiblement affaibli, selon le ministre de la Justice ougandais.

Le lieutenant-général Muhoozi Kainerugaba, fils du président Yoweri Museveni et chef des forces terrestres ougandaises, avait lui-même revendiqué sur le réseau social X (ex-Twitter) l’arrestation de Mutwe. Dans une publication polémique, il se vantait de l’avoir capturé « comme une sauterelle » et utilisé « comme un punching-ball ». Ces propos ont provoqué une onde de choc dans la société civile et politique ougandaise, alors que Kainerugaba est considéré par beaucoup comme l’héritier désigné du pouvoir, à la tête d’un État dominé par sa famille depuis près de 40 ans.

Le ministre de la Justice Norbert Mao, membre d’un parti d’opposition nommé au gouvernement en 2022, a déclaré dans un communiqué que Mutwe présentait « des signes de torture » à son arrivée au tribunal. Il a dénoncé un « abus de procédure judiciaire » et appelé les tribunaux à examiner rapidement le dossier. La Commission ougandaise des droits de l’homme avait pourtant ordonné la libération de Mutwe la semaine précédente, sans effet apparent.

L’avocat du détenu, Magellan Kazibwe, a confirmé à Reuters que son client avait été détenu dans un sous-sol appartenant à une personne privée et qu’il avait subi des tortures quotidiennes, y compris des électrocutions. « Il ne pouvait pas identifier ses tortionnaires car ils étaient masqués », a-t-il précisé.

La NUP a déclaré que Mutwe avait été enlevé par des hommes armés en uniforme le 27 avril près de Kampala. Depuis, aucune explication officielle n’avait été donnée jusqu’à ce que Kainerugaba revendique publiquement l’arrestation.

Ce nouvel épisode illustre l’environnement politique répressif dans lequel évolue l’opposition en Ouganda, à quelques mois d’une élection cruciale. Le président Museveni, 80 ans, est au pouvoir depuis 1986. Il est régulièrement accusé par les ONG et observateurs internationaux de diriger un régime autoritaire fondé sur la répression des voix dissidentes. Les enlèvements, détentions illégales et actes de torture sont régulièrement dénoncés par les défenseurs des droits humains, des accusations que le gouvernement rejette systématiquement.

Partager