Le petit Khaled, neuf mois, pèse à peine cinq kilos. Son bras fragile porte un tube jaune qui lui fournit l’alimentation nécessaire à sa survie. À l’hôpital pédiatrique de Khan Younès, sa mère, Wedad Abdelaal, assiste impuissante à la lente détérioration de son fils, victime de malnutrition aiguë dans une bande de Gaza exsangue après deux mois de blocus total imposé par Israël.
Depuis le 2 mars, les frontières de l’enclave sont hermétiquement fermées. Les frappes israéliennes se poursuivent, l’aide humanitaire est quasi inexistante, les centres de nutrition ferment les uns après les autres, et la population sombre dans la faim. Des milliers d’enfants sont désormais traités pour malnutrition sévère. Dans les hôpitaux comme dans les tentes des déplacés, les mères regardent leurs enfants dépérir, sans pouvoir les nourrir.
Khaled n’est qu’un exemple parmi d’autres. Sa mère, elle-même sous-alimentée, ne peut plus l’allaiter. Sa famille déplacée de Rafah survit sous une tente avec quatre autres enfants, dans des conditions précaires et sans ressources. “Mes enfants sont comme des poussins”, dit-elle, incapable de leur fournir le moindre apport protéique.
Depuis l’effondrement de la trêve le 18 mars, l’ONU alerte sur l’explosion des cas de malnutrition infantile. En mars, 3 600 enfants ont été traités pour malnutrition aiguë, soit une hausse de 80 % par rapport à février. Les stocks de nourriture thérapeutique s’épuisent. Selon l’UNICEF, près de la moitié des 200 centres de nutrition ont fermé, faute de sécurité ou de ravitaillement.
Israël justifie le blocus en affirmant faire pression sur le Hamas pour la libération des otages, et accuse le groupe islamiste de détourner l’aide humanitaire — ce que démentent les agences onusiennes. Dans le même temps, les accusations selon lesquelles Israël utiliserait la faim comme arme de guerre se multiplient. “Nous sommes en train de briser les corps et les esprits des enfants de Gaza”, a dénoncé Michael Ryan de l’OMS.
Les conséquences médicales sont dévastatrices. Des enfants souffrant de troubles congénitaux ou de mucoviscidose ne peuvent plus être soignés. Les médicaments sont introuvables. “Ils sont condamnés à mort”, tranche un pédiatre de l’hôpital Nasser. Dans les tentes, les familles survivent à base de haricots en conserve partagés entre plusieurs repas. “Nous sommes assis là, dans notre tente, à attendre la mort”, dit le père de Khaled, atteint d’une maladie cardiaque.
Alors que les enfants réclament des tomates ou des pommes de terre, leur prix est devenu prohibitif : jusqu’à 21 dollars le kilo. Une barre de biscuit coûte deux dollars, une boîte de sardines presque dix. Pour Wedad Abdelaal et tant d’autres, Gaza n’est plus qu’un territoire d’ombres et de ventres vides. “Nous ne vivons plus”, dit-elle. “Nous survivons, à peine.”