Cinq mois après qu’un arrêt de la Cour suprême d’Israël a estimé que les prisons ne fournissaient pas suffisamment de nourriture aux détenus palestiniens et ordonné une amélioration des conditions de détention, des prisonniers libérés continuent de décrire des situations de faim extrême et de mauvais traitements. Des organisations de défense des droits humains affirment que peu de changements concrets ont été observés depuis la décision rendue en septembre dernier.
Samer Khawaireh, 45 ans, journaliste originaire de Naplouse, en Cisjordanie, a déclaré à Reuters qu’il ne recevait dans les prisons de Megiddo et de Nafha que dix fines tranches de pain par jour, accompagnées d’un peu de houmous et de tahini, avec une petite portion de thon deux fois par semaine. Arrêté en avril lors d’une descente nocturne et détenu sans inculpation, il affirme avoir perdu 22 kilos en neuf mois de captivité et être sorti début janvier très amaigri, souffrant notamment de la gale.
Reuters indique ne pas avoir pu vérifier de manière indépendante son régime alimentaire ni déterminer l’ampleur exacte du phénomène parmi les quelque 9 000 Palestiniens détenus dans les prisons israéliennes. Toutefois, l’agence a examiné 13 rapports d’avocats rédigés en décembre et janvier faisant état de 27 détenus se plaignant d’un manque de nourriture, la plupart affirmant que les conditions n’avaient pas évolué depuis la décision de justice.
L’Association pour les droits civils en Israël (ACRI), à l’origine du recours ayant conduit à l’ordonnance de la Cour suprême, accuse le gouvernement de mener une « politique de famine » dans les prisons et a saisi à nouveau la justice pour demander que l’administration pénitentiaire soit reconnue coupable d’outrage au tribunal. Elle réclame également que le Comité international de la Croix-Rouge puisse reprendre ses visites, suspendues depuis le début de la guerre à Gaza.
L’administration pénitentiaire israélienne rejette ces accusations et affirme fournir alimentation et soins médicaux « conformément aux normes professionnelles et aux procédures opérationnelles », en respectant la loi et les décisions de justice. Elle n’a pas commenté les cas individuels évoqués par Reuters. Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, qui supervise le système carcéral, a par le passé dénoncé ce qu’il considère comme des « avantages et indulgences » accordés aux détenus.
Selon l’organisation Physicians for Human Rights Israel, au moins 101 Palestiniens sont morts en détention depuis le début de la guerre à Gaza. Parmi eux figure un adolescent de 17 ans dont l’autopsie, examinée par Reuters, mentionne une « malnutrition prolongée » et cite la famine, l’infection et la déshydratation comme causes potentielles du décès. Dans un contexte de guerre et de tensions accrues, les organisations de défense des droits humains estiment que la question de l’accès à une alimentation suffisante reste centrale, tant sur le plan physique que psychologique, pour les détenus palestiniens.