L’Union européenne a décidé ce 12 septembre de prolonger pour six mois supplémentaires les sanctions imposées à la Russie depuis le début de la guerre en Ukraine. La mesure a été adoptée à l’unanimité par les 27 États membres, malgré des réserves exprimées en coulisses par certains pays comme la Slovaquie, inquiète des conséquences économiques pour son industrie et de l’impact sur les prix de l’énergie.
En pratique, rien ne change vraiment dans l’architecture des sanctions. Plus de 2 500 personnes et entités restent inscrites sur la liste noire européenne. Cela signifie un gel de leurs avoirs, des interdictions de voyager et l’interdiction pour les entreprises et ressortissants de l’UE de leur fournir une aide économique ou financière. Deux noms seulement disparaissent de la liste : une personne décédée et un individu retiré faute d’éléments suffisants pour justifier sa présence. Aucun assouplissement politique n’a été accordé, signe que Bruxelles tient à montrer sa constance.
Ces sanctions se déclinent en deux volets : d’un côté les mesures individuelles qui visent hommes d’affaires, responsables politiques, militaires ou encore relais de propagande pro-Kremlin ; de l’autre les mesures sectorielles qui frappent directement l’économie russe, comme le plafonnement du prix du pétrole, le gel des avoirs de la Banque centrale ou encore les restrictions commerciales et financières.
Mais au-delà de cette prolongation technique, l’attention se porte désormais sur la suite. Les ministres européens ont commencé à discuter du 19ᵉ paquet de sanctions, qui devrait voir le jour dans les prochains mois. Selon la Haute représentante Kaja Kallas, ce nouveau train de mesures ciblera en priorité la « flotte fantôme » de pétroliers russes qui échappent aux contrôles, ainsi que de nouvelles banques et intermédiaires accusés d’aider Moscou à contourner les restrictions.
Côté ukrainien, le message est clair : Kyiv attend un paquet « beaucoup plus ambitieux ». Le ministre des Affaires étrangères, Andrii Sybiha, appelle l’UE à aller plus loin, notamment en visant les infrastructures portuaires russes utilisées pour l’exportation du pétrole, en renforçant les sanctions bancaires et en s’attaquant frontalement aux filières logistiques qui permettent au Kremlin de continuer à financer sa guerre.
Ce nouveau cycle de discussions illustre le dilemme permanent de l’Union. D’un côté, il s’agit de maintenir une pression constante sur Moscou, de limiter ses revenus et d’affaiblir son effort de guerre. De l’autre, l’UE doit gérer ses propres fragilités économiques et préserver l’unité politique entre ses membres. Le consensus du 12 septembre montre que, malgré les tiraillements, les Vingt-Sept tiennent encore la ligne. Mais chacun sait que ce fragile équilibre sera mis à l’épreuve si le conflit s’enlise encore, si les coûts montent et si les opinions publiques commencent à douter de l’efficacité réelle des sanctions.
Pour l’heure, Bruxelles joue la carte de la continuité. Mais avec le 19ᵉ paquet déjà en préparation, c’est une nouvelle étape qui se dessine : un passage d’une logique punitive à une stratégie plus fine, visant à couper les voies de contournement et à fermer les brèches qui maintiennent à flot l’économie russe. Une guerre d’usure, qui se joue autant sur le champ de bataille en Ukraine que dans les salles de réunion européennes.