Le gouvernement indien a officiellement levé vendredi une exigence réglementaire vieille de dix ans imposant l’installation obligatoire de coûteux équipements de désulfuration dans la grande majorité des centrales à charbon du pays. Cette décision, actée par une notification du ministère de l’Environnement publiée au journal officiel, revient sur une politique clé de réduction de la pollution atmosphérique mise en place en 2015.
Selon ce nouveau cadre réglementaire, 79 % des centrales au charbon – situées en dehors d’un périmètre de 10 kilomètres autour des grandes agglomérations fortement peuplées ou polluées – sont désormais exemptées de l’obligation d’installer des systèmes de désulfuration des gaz de combustion (FGD). Ces systèmes, qui permettent de filtrer le dioxyde de soufre des émissions, étaient jusqu’ici au cœur d’un programme ambitieux de modernisation environnementale du parc énergétique indien.
La décision prévoit également que l’obligation d’installer des FGD pour 11 % supplémentaires des centrales situées à proximité des centres urbains soit désormais examinée « au cas par cas ». Seuls 10 % des unités les plus proches de New Delhi et des autres villes dépassant le million d’habitants devront impérativement être équipées d’ici à décembre 2027, comme prévu initialement.
Cette volte-face réglementaire intervient alors que NTPC, le premier producteur d’électricité du pays et entreprise publique, avait déjà investi quelque 4 milliards de dollars dans la mise en œuvre partielle du dispositif. À ce jour, environ 11 % des centrales sont équipées de FGD, tandis que la moitié des unités ont passé commande ou sont en cours d’installation.
Le décret ne fournit aucun détail sur les implications de ce changement pour les entreprises ayant déjà engagé des dépenses importantes, ni sur la manière dont les coûts seront compensés. Il ne précise pas non plus si cette mesure affectera la compétitivité des centrales conformes par rapport aux autres.
Le ministère de l’Environnement justifie sa décision par une analyse du Conseil central de contrôle de la pollution, selon laquelle les systèmes FGD eux-mêmes entraîneraient une augmentation des émissions de dioxyde de carbone, en raison de la consommation énergétique qu’ils induisent. Une justification qui suscite déjà des réactions critiques parmi les défenseurs de l’environnement, qui y voient une régression majeure dans la lutte contre la pollution atmosphérique et les maladies respiratoires.
Cette décision soulève également des inquiétudes sur les engagements climatiques de l’Inde, deuxième consommateur mondial de charbon, qui continue de dépendre massivement de cette ressource pour sa production d’électricité. Alors que le pays s’est engagé à atteindre la neutralité carbone d’ici 2070, cette mesure risque de compromettre les objectifs de réduction des émissions de polluants atmosphériques à court et moyen terme.