Les forces armées des États-Unis ont investi plus de 6 milliards de dollars entre 2022 et 2024 pour attirer de nouvelles recrues et conserver les militaires en service, dans un effort de grande ampleur destiné à pallier une baisse marquée des enrôlements. Cette campagne, menée dans un contexte post-pandémique et de tensions géopolitiques accrues, marque l’une des plus importantes mobilisations budgétaires en matière de recrutement militaire depuis des décennies.
Parmi les quatre principales branches militaires – l’armée de terre (Army), la marine (Navy), l’armée de l’air (Air Force) et le corps des Marines – c’est la Navy qui a le plus dépensé, malgré sa taille plus modeste par rapport à l’Armée. En 2023, confrontée à un grave déficit d’engagement, la marine a ainsi alloué des sommes record à la fois au recrutement et à la rétention de ses effectifs.
Au cours des trois années écoulées, la Navy a accordé des primes de fidélisation à environ 70 000 marins par an, soit plus du double des bénéficiaires de l’armée de terre. « La rétention de nos marins les plus compétents est essentielle pour atteindre nos objectifs en matière d’effectifs », a déclaré l’amiral James Kilby lors d’une audition au Sénat. Il a reconnu que certains postes, notamment dans l’aviation, les opérations spéciales, la santé ou la guerre sous-marine, restaient difficiles à pourvoir.
L’armée de terre, qui a connu la plus forte baisse de recrutement sur la dernière décennie, a néanmoins affiché l’un des plus nets redressements, en partie grâce à de nouveaux programmes comme le Future Soldier Prep Course, lancé en 2022 à Fort Jackson. Ce programme permet aux recrues ayant des lacunes académiques ou physiques de suivre une formation de 90 jours avant d’intégrer l’entraînement de base, contribuant à des milliers d’enrôlements supplémentaires.
Si la présidence Trump a revendiqué un rebond du recrutement lié à son retour au pouvoir, les données indiquent que l’amélioration avait commencé bien avant l’élection de novembre dernier. Les responsables militaires attribuent les progrès à une refonte des politiques de recrutement et à la hausse des incitations financières.
L’Air Force a elle aussi augmenté ses primes en 2023 pour faire face à ses difficultés, ciblant des postes tels que la maintenance aéronautique, la sécurité ou les systèmes de munitions. Ces dépenses ont toutefois été réduites dès l’année suivante. Quant à la Space Force, elle ne prévoit actuellement aucune prime à l’engagement.
Le Corps des Marines et la Space Force ont été les seuls à atteindre systématiquement leurs objectifs de recrutement. En 2024, les Marines ont vu leurs primes de réengagement passer de 126 à 201 millions de dollars, grâce à une nouvelle politique autorisant les militaires à signer un an plus tôt. Plus de 7 000 Marines ont bénéficié de cette mesure, soit 2 200 de plus qu’en 2023.
Le général Eric Smith, commandant du Corps des Marines, avait d’ailleurs résumé avec ironie sa position sur les primes : « Votre bonus, c’est de pouvoir dire que vous êtes un Marine. Il n’y a pas de somme d’argent qui vaille cela. »
Dans l’ensemble, les incitations financières sont utilisées de manière ciblée pour attirer ou retenir les talents dans des spécialités critiques comme la cybersécurité, le renseignement, les forces spéciales, ou encore les unités d’artillerie et blindées. Si les résultats sont visibles, notamment par le retour progressif aux objectifs de recrutement, ils traduisent aussi les difficultés persistantes d’une armée confrontée à un désintérêt croissant chez les jeunes et à une compétition accrue sur le marché du travail civil.