Les dirigeants de l’Union européenne s’apprêtent à repenser en urgence leur relation avec les États-Unis, alors que les menaces de droits de douane et même d’action militaire brandies récemment par le président américain Donald Trump ont profondément ébranlé la confiance transatlantique, selon plusieurs diplomates européens.
Mercredi, Donald Trump a brusquement renoncé à imposer des droits de douane à plusieurs pays européens et a exclu le recours à la force pour s’emparer du Groenland, territoire semi-autonome du Danemark et membre de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord. Il a laissé entendre qu’un accord était en préparation, sans toutefois en préciser les contours, alimentant les interrogations au sein des capitales européennes.
Malgré ce revirement, de nombreux responsables de l’UE demeurent préoccupés par l’imprévisibilité du président américain. Plusieurs diplomates estiment que l’Europe doit désormais réfléchir à une stratégie de long terme visant à réduire sa dépendance vis-à-vis de Washington, tout en maintenant un dialogue étroit. « Trump a franchi un seuil. Il pourrait recommencer », a confié l’un d’eux, soulignant la nécessité de renforcer l’autonomie européenne.
Cette réflexion intervient alors que l’UE dépend encore largement des États-Unis pour sa sécurité, notamment en matière de renseignement, de transport militaire, de défense antimissile et de capacités industrielles de défense. Sur le plan économique, Washington reste aussi le principal partenaire commercial de l’Europe, ce qui rend le bloc vulnérable à l’utilisation de l’arme tarifaire comme moyen de pression politique.
Les diplomates européens discutent désormais des « lignes rouges » à ne pas franchir et des moyens de répondre à ce qu’ils décrivent comme une puissance américaine de plus en plus agressive. L’UE s’était préparée à déployer des mesures de rétorsion, incluant des droits de douane sur des dizaines de milliards d’euros d’importations américaines, si les menaces de Trump avaient été mises à exécution.
Le dossier du Groenland reste particulièrement sensible. Le Parlement européen a suspendu ses travaux sur la ratification de l’accord commercial UE–États-Unis conclu en 2025, en attendant des clarifications sur les intentions américaines. Plusieurs élus estiment qu’un éventuel accord ne saurait se faire sans l’accord explicite du Danemark et du Groenland, et qu’il ne doit en aucun cas menacer la souveraineté européenne.
Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a indiqué que l’accord-cadre évoqué avec Donald Trump prévoyait un renforcement de la présence occidentale dans l’Arctique, sans donner de détails supplémentaires. Malgré les tensions, le chancelier allemand Friedrich Merz a appelé à ne pas enterrer trop vite le partenariat transatlantique, invitant les Européens à conjuguer fermeté et unité face à Washington.