Plus de 5,4 millions d’Afghans sont rentrés dans leur pays depuis octobre 2023, principalement depuis le Pakistan et l’Iran, un afflux d’une ampleur inédite qui pousse l’Afghanistan « presque au bord du gouffre », a averti vendredi le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés).
S’exprimant depuis Kaboul lors d’un point presse à Genève, le représentant du HCR en Afghanistan, Arafat Jamal, a décrit « une vitesse et une échelle de retours massives ». À lui seul, l’an dernier, 2,9 millions de personnes sont revenues, soit le plus grand nombre de retours enregistrés vers un seul pays en une année, selon l’agence onusienne.
Cette vague fait suite aux campagnes lancées à l’automne 2023 par Islamabad et Téhéran contre les migrants sans papiers. Le Pakistan a exhorté les Afghans en situation irrégulière à quitter le pays sous peine d’arrestation et d’expulsion forcée. L’Iran a engagé des mesures similaires. Beaucoup de personnes concernées vivaient depuis des décennies à l’étranger, certaines étant nées au Pakistan et y ayant construit leur vie.
Le choc démographique est considérable : ces retours représentent environ 12 % de la population afghane. Or le pays était déjà confronté à une crise humanitaire aiguë, à une économie exsangue, à une sécheresse sévère et aux conséquences de deux séismes dévastateurs. Depuis le début de l’année, environ 150 000 personnes supplémentaires ont franchi la frontière pour revenir en Afghanistan.
Les autorités talibanes distribuent des aides comprenant des denrées alimentaires, un soutien financier, une carte SIM et un transport vers les provinces d’origine ou les zones où les familles ont des proches. Mais ces mesures restent insuffisantes face à l’ampleur des besoins. Selon le Programme des Nations unies pour le développement, neuf familles sur dix dans les régions à fort taux de retour ont recours à des stratégies de survie négatives, comme sauter des repas, s’endetter ou vendre leurs biens.
Le HCR s’inquiète de la viabilité de ces retours. Si 5 % des personnes revenues disent envisager de repartir, plus de 10 % déclarent connaître quelqu’un ayant déjà quitté à nouveau le pays. Pour l’agence, ces décisions ne traduisent pas un manque de volonté de rester, mais l’impossibilité, pour beaucoup, de reconstruire une vie digne et durable dans un Afghanistan toujours plongé dans l’incertitude.