Le ministère américain de la Justice a engagé pour la première fois des poursuites pénales contre des migrants ayant traversé une zone militaire récemment étendue à la frontière sud, dans le cadre des efforts visant à freiner l’immigration illégale en provenance du Mexique. Parallèlement, une juge a été suspendue pour avoir aidé un migrant à échapper brièvement à une arrestation.
Les autorités du Nouveau-Mexique ont inculpé lundi au moins 28 migrants ayant pénétré dans la « zone de défense nationale », une bande de 170 miles (environ 273 kilomètres) au sud de l’État, désormais intégrée à une installation militaire. Les procureurs ont ajouté à l’accusation courante d’« entrée illégale » une nouvelle infraction : la violation de la réglementation sécuritaire. Cette nouvelle charge pourrait entraîner jusqu’à un an de détention préventive et une amende de 100 000 dollars, contre un maximum de six mois de prison et 5 000 dollars d’amende pour l’entrée illégale habituelle.
De nouvelles accusations
Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a averti lors d’une visite à la frontière au Nouveau-Mexique la semaine dernière que les migrants pourraient faire face à des peines de prison plus lourdes s’ils franchissent illégalement la frontière. « Si vous traversez illégalement nos frontières (…), vous serez poursuivis », a-t-il lancé.
Il a rencontré le procureur général de l’État, Ryan Allison, qui s’est dit « impatient » de poursuivre les contrevenants. Les détails des accusations restent limités, mais les lieux d’arrestation des migrants révèlent qu’ils ont emprunté des routes familières. Désormais, au lieu d’être accusés uniquement d’« entrée sans inspection », ils font aussi face à l’accusation d’avoir « violé délibérément l’ordre du 18 avril 2025 du commandant militaire de Fort Huachuca », qui désigne certaines zones du Nouveau-Mexique, appelées aussi « Réserve Roosevelt », comme zone interdite sous contrôle militaire.
Fort Huachuca se situe en Arizona et abrite la « force opérationnelle conjointe – frontière sud », responsable de la coordination militaire sur une grande partie de la frontière.
Détention temporaire ou arrestation ?
L’administration Trump a déployé des milliers de soldats et de blindés à la frontière sud. Le transfert de la gestion de la « Réserve Roosevelt » du ministère de l’Intérieur au Pentagone a permis d’élargir les pouvoirs militaires, autorisant les troupes à détenir temporairement les migrants rencontrés, sans nécessairement faire appel à la police.
Initialement, les responsables du Pentagone avaient annoncé que les migrants seraient simplement retenus, mais après l’approbation du président Trump du plan de zone de défense nationale plus tôt ce mois-ci, ils ont modifié leur discours pour parler de « détention temporaire ».
L’administration Trump s’est engagée à expulser des « millions » de personnes dès la première année du second mandat de Trump, avec pour objectif l’expulsion d’un million de migrants sans papiers parmi les 11 millions estimés. Cependant, les experts jugent cet objectif irréaliste, notamment en raison de la baisse des traversées illégales.
Les arrestations de migrants par les gardes-frontières ont chuté à 7 000 en mars dernier, un plus bas depuis au moins l’an 2000, selon le Migration Policy Institute de Washington. Depuis son retour au pouvoir en janvier dernier, Trump a qualifié la situation de « véritable invasion » et a déployé 10 000 soldats à la frontière, ce que dénoncent les associations de défense des droits des migrants, accusant la mesure de restreindre l’accès à l’asile et aux protections humanitaires.
En plus des nouvelles poursuites, Trump a ordonné l’envoi d’armes, de troupes et de technologies supplémentaires à la frontière, dont deux destroyers de la marine pour renforcer les opérations en mer. Il cherche aussi à élargir l’usage du centre de détention de Guantánamo, à Cuba, pour y enfermer les migrants.
Suspension d’une juge
Par ailleurs, la Cour suprême du Wisconsin a suspendu mardi la juge du comté de Milwaukee, Hannah Dugan, accusée d’avoir aidé un migrant mexicain à échapper brièvement à une arrestation.
Dans leur décision, les juges ont déclaré vouloir « préserver la confiance du public dans le système judiciaire de l’État ». Cette suspension restera en vigueur jusqu’à nouvel ordre.
L’équipe juridique de la juge s’est dite déçue par cette décision. Ses avocats ont déclaré dans un communiqué : « Nous maintenons l’innocence de la juge Dugan et attendons avec confiance sa réhabilitation devant la justice ».
Les autorités fédérales ont arrêté Dugan vendredi dernier et l’ont inculpée d’obstruction à la justice et de dissimulation d’une personne recherchée pour échapper à une arrestation.