La Serbie cherche à conclure de nouveaux accords gaziers avec l’Union européenne afin de diversifier ses approvisionnements énergétiques et de réduire progressivement sa dépendance à la Russie, a déclaré le président Aleksandar Vučić dans un entretien accordé à Reuters.
Selon lui, Belgrade est déjà en discussions pour acheter du gaz naturel via un mécanisme d’achat commun de l’Union européenne. Cette évolution marque un changement notable pour ce pays des Balkans, candidat à l’adhésion à l’UE, dont plus de 80 % des importations de gaz proviennent encore de Russie, faisant de la Serbie l’un des rares clients européens toujours fortement dépendants du gaz russe.
Cette réorientation intervient sous la pression croissante de Bruxelles, qui encourage Belgrade à trouver des alternatives énergétiques dans le cadre des efforts européens visant à réduire les flux financiers alimentant l’effort de guerre russe en Ukraine. La Serbie n’est pas parvenue à conclure l’an dernier un nouveau contrat à long terme avec Gazprom, et l’accord de court terme signé en décembre doit expirer le 31 mars.
Aleksandar Vučić a affirmé comprendre la politique européenne à l’égard de l’énergie russe, reconnaissant la nécessité pour son pays d’adapter sa stratégie énergétique à certaines « exigences et demandes » de l’UE. Il a toutefois souligné que cette transition se ferait de manière progressive, afin de préserver la sécurité énergétique nationale.
« Nous continuerons à recevoir d’importantes quantités de gaz russe, mais nous en importons de plus en plus des Européens », a-t-il déclaré, mettant en avant la volonté de Belgrade de trouver un équilibre entre ses relations traditionnelles avec Moscou et son ambition de rapprochement avec Bruxelles.
Cette stratégie énergétique s’inscrit dans un contexte politique intérieur tendu pour le président serbe, confronté à des manifestations et à la perspective d’élections législatives. Elle reflète également la position délicate de la Serbie sur l’échiquier géopolitique, cherchant à ménager ses liens historiques avec la Russie tout en accélérant son intégration européenne.
Pour les observateurs, la diversification des approvisionnements gaziers constitue un test majeur de la capacité de la Serbie à concilier ses intérêts économiques, ses choix stratégiques et ses ambitions européennes, dans un contexte énergétique et géopolitique profondément bouleversé par la guerre en Ukraine.