La centrale nucléaire de Zaporijia « loin » d’un redémarrage, avertit le chef de l’AIEA
La centrale nucléaire de Zaporijia « loin » d’un redémarrage, avertit le chef de l’AIEA

La centrale nucléaire de Zaporijia, occupée par la Russie depuis 2022 et à l’arrêt depuis près de trois ans, ne peut actuellement pas être remise en service, faute d’une alimentation électrique fiable et d’un accès à l’eau de refroidissement, a déclaré mardi Rafael Grossi, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), lors d’un entretien à Kiev.

Selon lui, pour que les six réacteurs puissent fonctionner à nouveau, il serait nécessaire de pomper de grandes quantités d’eau dans le fleuve Dniepr, dont le niveau a drastiquement baissé après la destruction du barrage de Kakhovka à l’été 2023. La centrale, la plus grande d’Europe, se situe sur la rive sud du Dniepr, à seulement une dizaine de kilomètres des positions ukrainiennes, dans une zone régulièrement visée par des tirs d’artillerie et des drones.

Avant le conflit, Zaporijia fournissait environ 20 % de l’électricité ukrainienne. Si les autorités russes n’ont jamais caché leur intention de la relancer, Grossi souligne qu’un redémarrage est techniquement très loin d’être envisageable : « Nous ne sommes pas dans une situation de redémarrage imminent. Loin de là. » Il insiste sur la nécessité d’inspections approfondies des équipements, citant les risques de corrosion des composants internes de la centrale à l’arrêt depuis septembre 2022.

Un rapport publié récemment par Greenpeace affirme que la Russie serait en train de construire une ligne à haute tension de 90 km pour relier la centrale à son propre réseau électrique. Grossi nuance cette affirmation, affirmant que l’AIEA n’a « aucune preuve concrète » d’un tel plan coordonné.

L’Ukraine, de son côté, met en garde contre toute tentative russe de relance de la centrale, estimant que les techniciens sur place ne sont pas habilités à l’exploiter. Mais Grossi tempère ces critiques : « Ce sont des professionnels, ils savent ce qu’ils font. La certification est une question politique, pas technique. »

Enfin, l’AIEA continue d’accéder au site via le territoire occupé par la Russie, ce que l’Ukraine critique vivement. Grossi justifie ce choix par des raisons de sécurité pour ses équipes, faute de garanties suffisantes pour un passage par les lignes de front. Malgré ce contexte complexe, il insiste sur le fait que toute perspective de remise en marche de la centrale reste « lointaine » et dépendra d’importants travaux et de conditions techniques stabilisées.

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