Les manifestations qui ont éclaté mercredi au Kenya à l’occasion du premier anniversaire des protestations contre un projet de loi fiscale ont tourné à la violence, faisant au moins 56 blessés, dont la majorité par balle, selon une source hospitalière. Ces rassemblements ont ravivé les tensions entre manifestants et forces de l’ordre dans un climat de défiance déjà très tendu.
À Nairobi, des milliers de personnes ont défilé dans les rues pour commémorer les événements de l’année précédente, qui avaient fait plus de 60 morts. Cette année encore, la répression n’a pas tardé : la police a tiré des gaz lacrymogènes et utilisé des canons à eau pour disperser la foule, selon des témoins et les médias locaux. Plusieurs affrontements ont été signalés entre manifestants et forces de sécurité.
Le principal hôpital de la capitale, le Kenyatta National Hospital (KNH), a confirmé avoir admis 56 patients blessés lors des troubles. « La majorité d’entre eux souffraient de blessures causées par des balles en caoutchouc », a précisé une source médicale à Reuters, ajoutant qu’aucun décès n’avait encore été recensé dans l’établissement.
Il reste incertain de savoir qui a ouvert le feu sur les manifestants. Le porte-parole de la police kenyane, Muchiri Nyaga, s’est refusé à tout commentaire concernant les blessures. Les autorités sont également restées silencieuses sur les circonstances exactes des tirs, attisant les interrogations du public sur la gestion sécuritaire des rassemblements.
La tension a été exacerbée par la mort récente du blogueur engagé Brian Ojwang, une figure critique du pouvoir, décédé dans des circonstances controversées que certains attribuent à des brutalités policières. Sa disparition a renforcé la colère populaire et donné une nouvelle dimension symbolique aux manifestations de mercredi.
Dans un geste controversé, deux chaînes de télévision locales ont été temporairement retirées de l’antenne pour avoir diffusé les manifestations en direct, malgré l’interdiction imposée par les autorités de relayer les événements en temps réel. Ce geste a suscité l’indignation des défenseurs de la liberté de la presse, qui dénoncent une tentative de censure gouvernementale.
Ces événements témoignent d’une crispation persistante entre la société civile et le pouvoir en place, un an après une crise sociale majeure. Si la journée s’est conclue sans victimes mortelles à Nairobi, l’ampleur des blessures et la répression des médias soulignent la fragilité de l’espace démocratique kenyan.