L’Allemagne et la France ont affiché lundi un front commun face aux menaces de droits de douane brandies par le président américain Donald Trump autour du dossier du Groenland. Leurs ministres des Finances ont assuré que les grandes puissances européennes ne se laisseraient pas intimider et qu’une réponse claire et unie serait apportée à toute escalade commerciale.
Samedi, Donald Trump a promis d’imposer une série de droits de douane croissants sur les importations en provenance de plusieurs alliés européens jusqu’à ce que les États-Unis soient autorisés à acheter le Groenland, territoire autonome du Danemark. Cette annonce a ravivé un différend déjà vif sur l’avenir de cette île arctique stratégique, membre de facto de l’espace européen.
« L’Allemagne et la France sont d’accord : nous ne nous laisserons pas faire chanter », a déclaré le ministre allemand des Finances Lars Klingbeil, à l’issue d’une rencontre avec son homologue français Roland Lescure. Ce dernier a jugé « inacceptable » toute forme de chantage « entre alliés et entre amis », soulignant la gravité d’une telle méthode dans les relations transatlantiques.
Au niveau européen, plusieurs options sont à l’étude. Les dirigeants de l’Union européenne doivent en débattre lors d’un sommet d’urgence à Bruxelles, avec notamment la possibilité d’activer un paquet de droits de douane portant sur 93 milliards d’euros d’importations américaines, susceptible d’entrer en vigueur début février. Autre levier évoqué : l’« instrument anti-coercition », jusqu’ici jamais utilisé, qui permettrait de restreindre l’accès des États-Unis à certains marchés, investissements ou services européens.
Roland Lescure a indiqué que Paris souhaitait que cet instrument soit sérieusement envisagé, même s’il reste avant tout dissuasif. Il a dit espérer un retour à une relation transatlantique « amicale et fondée sur la négociation plutôt que sur les menaces », tandis que Lars Klingbeil a insisté sur le fait que l’Europe n’avait aucun intérêt à une escalade qui pénaliserait les économies des deux côtés de l’Atlantique.
Les deux ministres ont enfin rejeté l’idée d’une Europe « faible », avancée récemment par le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent. Selon Berlin et Paris, l’Union européenne, forte de 27 États et de 450 millions de citoyens, doit au contraire renforcer son poids économique, technologique et politique afin de défendre clairement la souveraineté de ses membres et partenaires, et de montrer qu’elle ne cèdera pas à la pression.