Promettant d’attirer « les meilleurs cerveaux » dans son pays, Donald Trump assurait en juin 2024 qu’il accorderait une carte verte à tout étudiant étranger diplômé d’une université américaine. Moins d’un an plus tard, cette promesse de campagne s’est évaporée. Au contraire, les étudiants internationaux font désormais face à une série de restrictions, d’incertitudes et de politiques d’exclusion qui les poussent à revoir leurs projets d’avenir aux États-Unis — voire à les abandonner.
Mercredi soir, le président Trump a signé un décret interdisant à presque tous les étrangers d’entrer sur le territoire pour étudier à Harvard, renforçant encore un climat déjà tendu pour des centaines de milliers d’étudiants internationaux. Ce décret s’ajoute à une série de décisions administratives ayant suspendu les entretiens de visa, annulé des autorisations de séjour et tenté de bloquer de nouvelles inscriptions dans certaines universités.
Markuss Saule, un étudiant letton brillant et engagé, a vécu ce revirement brutal. Accueilli dans le cadre d’un programme d’échange du Département d’État, il s’était passionné pour les États-Unis où il est revenu faire ses études universitaires. Mais son dernier retour de Lettonie a été marqué par l’angoisse : il a effacé toute trace politique de son téléphone par peur d’être refoulé. « Ce vol de dix heures m’a tué à petit feu », confie-t-il. Aujourd’hui, son rêve américain est terminé. Il prévoit de se marier rapidement, d’accélérer sa scolarité, et de repartir vivre en Europe.
Avi, un étudiant en physique indien qui travaille désormais comme ingénieur en Arizona, vit dans une incertitude permanente malgré un visa encore valide. Il rêve de travailler pour la NASA, mais évite même de rendre visite à ses proches à Chicago, craignant les contrôles à l’immigration. Chaque jour, il conduit prudemment, évite toute confrontation, et passe ses soirées à consulter des offres d’emploi en Inde, redoutant que son avenir américain soit compromis.
Pour Vladyslav Plyaka, un étudiant ukrainien à l’Université du Wisconsin, la situation est d’autant plus complexe que sa famille reste en Europe de l’Est en pleine guerre. Il a choisi l’éducation américaine plutôt que le front, mais ne peut plus rentrer voir sa mère en Pologne, au risque de ne plus pouvoir revenir. Les suspensions de visas l’enferment aux États-Unis pour la durée de son cursus. « Si ce n’était pas pour la qualité des études ici, je serais probablement sur la ligne de front », confie-t-il.
Alors que Trump avait promis un accueil favorable aux diplômés étrangers, nombre d’entre eux se sentent aujourd’hui trahis, marginalisés, et poussés vers la sortie. Le message implicite, pour beaucoup, est clair : « Partez. » Les mesures prises par l’administration rappellent que le climat politique américain peut basculer rapidement — et que les étudiants venus du monde entier, longtemps perçus comme des atouts, sont désormais considérés comme des menaces potentielles.