L’approche très centralisée de la politique étrangère du président américain Donald Trump provoque des secousses en chaîne parmi les alliés des États-Unis, du Groenland à l’Ukraine, selon des responsables et experts cités par Reuters.
Des responsables américains, danois et groenlandais s’étaient rencontrés récemment dans la capitale groenlandaise sans évoquer de prise de contrôle américaine. Mais la nomination surprise d’un envoyé spécial, Jeff Landry, assortie d’un message suggérant de « faire du Groenland une partie des États-Unis », a sidéré Danemark et pris de court des diplomates américains travaillant sur l’Europe et l’OTAN.
Cette mise à l’écart des canaux diplomatiques traditionnels s’inscrit dans un style où décisions et annonces émanent d’un cercle restreint autour du président. Parmi les conseillers impliqués figurent le secrétaire au Commerce Howard Lutnick, le vice-président JD Vance et le secrétaire d’État Marco Rubio — certains ayant tenté de tempérer les options les plus radicales.
La crispation transatlantique s’est accrue après des propos publics laissant planer l’hypothèse d’un recours à la force au Groenland. À Washington, des élus des deux partis ont redouté une initiative militaire majeure sans consultation du Congrès. Ces inquiétudes ont conduit à des appels urgents à la Maison-Blanche pour désamorcer la situation.
Ces derniers jours, Trump a cherché à calmer le jeu, retirant la menace de droits de douane contre les alliés soutenant le Groenland et évoquant avec le secrétaire général de l’OTAN Mark Rutte les bases d’un accord sur l’avenir de l’île et de l’Arctique, lors d’échanges à Davos. Des sources affirment toutefois qu’une action militaire n’a jamais été sérieusement envisagée.
Des analystes estiment néanmoins que le dommage diplomatique est réel. American Enterprise Institute, par la voix de Kori Schake, juge que l’imprévisibilité des menaces a entamé la confiance des alliés.
Ce mode de décision s’est aussi manifesté sur d’autres dossiers majeurs : les pourparlers sur l’Ukraine, menés en partie par l’envoyé Steve Witkoff et Jared Kushner, ou encore la Syrie, où l’envoyé Tom Barrack pilote la ligne américaine avec peu d’interactions institutionnelles, selon des sources.
La Maison-Blanche défend au contraire une « approche verticale » efficace et conforme à la doctrine « America First ». Reste que, pour de nombreux alliés, la centralisation extrême et les annonces soudaines compliquent la prévisibilité — un ingrédient clé de la confiance stratégique.