ZAPORIJIA, Ukraine, 24 juillet (Reuters) – À quelques dizaines de kilomètres d’une ligne de front mouvante, dans l’est de l’Ukraine, l’Église gréco-catholique ukrainienne s’efforce de maintenir un lien spirituel et humain avec des fidèles brutalement arrachés à leurs foyers par l’occupation russe. À Zaporijia, des prêtres et religieuses accueillent les déplacés avec soutien moral, aide humanitaire et une présence chaleureuse dans le tumulte de la guerre.
Parmi eux, le père Oleksandr Bohomaz, 36 ans, se souvient de ses neuf mois de ministère sous l’occupation à Melitopol : « Les autorités interrompaient les messes, prenaient les empreintes digitales des fidèles. Un jour, on m’a arrêté, interrogé, puis expulsé vers le territoire libre. » Désormais installé à Zaporijia, il continue de servir « autant que possible », dit-il.
Dans un monastère aux murs décorés de drapeaux ukrainiens et de cartes de soldats, sœur Lukia Murashko, supérieure de l’Ordre de Saint-Basile-le-Grand, veille sur des enfants traumatisés par la guerre. « Les plus jeunes recherchent immédiatement le contact humain. Ils ont besoin de tendresse, d’une étreinte rassurante. »
L’Église face à l’occupation
L’Église gréco-catholique ukrainienne, fidèle au pape mais pratiquant selon le rite byzantin, représente plus de 4 millions de fidèles. Elle est particulièrement ciblée dans les zones occupées, où Moscou encourage les structures religieuses prorusses. Pourtant, ses membres refusent de se taire.
Les sœurs, tout comme les prêtres, organisent des distributions de nourriture aux soldats ukrainiens, confectionnent des vêtements pour les familles déplacées et apportent du réconfort aux enfants réfugiés. En juin, elles ont fêté le 15e anniversaire d’Evhen, un adolescent ayant fui Melitopol avec sa mère. « C’était peut-être leur premier moment de joie depuis longtemps », confie sœur Lukia.
Résister par la foi et la solidarité
En soutenant les populations déplacées et en dénonçant les abus des autorités russes, l’Église joue un rôle de pilier social et identitaire. Malgré l’exil forcé, ses membres affirment rester aux côtés du peuple ukrainien : « Nous ne les abandonnerons pas, même si nous ne pouvons plus être physiquement présents sur les terres occupées », affirme le père Bohomaz.
Dans une guerre où les armes font rage, la foi, la compassion et la résilience apparaissent comme d’autres formes de résistance.