Crimes de guerre en Libye : un suspect arrêté en Allemagne à la demande de la CPI
Crimes de guerre en Libye : un suspect arrêté en Allemagne à la demande de la CPI

La Cour pénale internationale (CPI) a annoncé vendredi l’arrestation en Allemagne de Khaled Mohamed Ali Al Hishri, un ressortissant libyen accusé de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité pour son rôle présumé au sein de la tristement célèbre prison de Mitiga, en Libye. L’arrestation a eu lieu mercredi et intervient dans le cadre d’un mandat délivré par la CPI.

Al Hishri est soupçonné d’avoir été un haut responsable de la prison entre février 2015 et début 2020, période pendant laquelle il aurait dirigé ou contribué à des actes de torture, de meurtres, de violences sexuelles, notamment des viols, contre des milliers de détenus. Selon les procureurs, la prison de Mitiga, située dans l’ouest du pays, était le plus grand centre de détention de la région, contrôlé par le groupe armé libyen Force spéciale de dissuasion.

Les prisonniers y étaient détenus dans des conditions inhumaines, entassés dans des cellules insalubres et systématiquement soumis à des interrogatoires violents, à la torture et à des traitements dégradants. Des hommes et des femmes y auraient également été victimes de violences sexuelles, selon les éléments de l’accusation.

Al Hishri devrait rester détenu en Allemagne dans l’attente de la finalisation des procédures nationales, avant un éventuel transfert vers La Haye, où la CPI prévoit de le juger. « Cette arrestation est une étape cruciale, non seulement pour la justice internationale, mais surtout pour les victimes de la prison de Mitiga », a commenté Kip Hale, juriste ayant enquêté pour l’ONU sur les crimes commis en Libye.

La Cour traverse cependant une phase délicate. Elle est actuellement dirigée par ses procureurs adjoints, le procureur en chef Karim Khan s’étant temporairement retiré dans le cadre d’une enquête de l’ONU sur des accusations d’inconduite sexuelle qu’il conteste fermement. De plus, la CPI est sous le feu des critiques et fait face à des sanctions, notamment américaines, après l’émission de mandats contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou.

En janvier dernier, l’Italie avait arrêté un autre suspect libyen, Osama Elmasry Njeem, également impliqué dans les crimes de Mitiga. Il avait toutefois été renvoyé à Tripoli après que les autorités italiennes eurent jugé le mandat de la CPI entaché d’erreurs, déclenchant une vive controverse politique dans le pays.

La CPI enquête sur les crimes commis en Libye depuis 2011, à la suite d’un renvoi de la situation par le Conseil de sécurité de l’ONU. Cette nouvelle arrestation pourrait relancer les efforts de responsabilisation dans un contexte marqué par des turbulences judiciaires et diplomatiques majeures.

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