Autopsies accablantes : des prisonniers de guerre ukrainiens meurent dans les geôles russes dans un climat de brutalité systémique
Autopsies accablantes : des prisonniers de guerre ukrainiens meurent dans les geôles russes dans un climat de brutalité systémique

Serhii Hryhoriev répétait toujours la même phrase à sa femme et à ses deux filles lors de ses brefs appels depuis le front : « Tout ira bien. » Même après sa capture par l’armée russe en 2022, sa famille est restée convaincue qu’il reviendrait sain et sauf. Pourtant, ce n’est qu’un corps dans un sac mortuaire qui a été rendu à l’Ukraine.

Officiellement, selon le certificat de décès russe, Hryhoriev, 59 ans, est mort d’un accident vasculaire cérébral. Mais une autopsie ukrainienne ainsi qu’un ancien prisonnier de guerre ayant partagé sa détention évoquent une réalité bien différente : celle de la violence et de la négligence médicale. Son histoire est loin d’être un cas isolé.

Depuis l’invasion russe à grande échelle en 2022, plus de 200 prisonniers de guerre ukrainiens seraient morts en captivité, selon des sources concordantes issues de groupes de défense des droits humains, de l’ONU, du gouvernement ukrainien et de médecins légistes. Les preuves réunies suggèrent un système de brutalisation et de maltraitance systématique : corps rendus mutilés, en état avancé de décomposition, blessures inexpliquées… tout laisse à penser à des actes de torture, à des privations de soins, voire à des exécutions extrajudiciaires.

L’autopsie de Hryhoriev, pratiquée en Ukraine, a révélé une mort par hémorragie interne causée par un traumatisme contondant à l’abdomen – une cause de décès incompatible avec celle déclarée par les autorités russes. Un ancien compagnon de captivité, Oleksii Honcharov, a confirmé que les coups, les humiliations et les privations de soins étaient monnaie courante dans la colonie pénitentiaire de Kamensk-Chakhtinski, en Russie. « Tout le monde se faisait frapper, sans exception », a-t-il témoigné.

Dans une salle d’autopsie de Kyiv, la médecin légiste Inna Padei s’efforce de reconstituer les causes de ces décès. Elle a examiné des centaines de corps de soldats ukrainiens rapatriés, souvent vêtus d’uniformes de détenus, défigurés ou en état de putréfaction avancée. Dans plusieurs cas, les organes internes étaient absents ou les traces de coups semblaient avoir été effacées, rendant l’analyse extrêmement difficile. « Ils conservent les corps jusqu’à ce qu’ils soient trop décomposés pour qu’on puisse déterminer quoi que ce soit », a expliqué un porte-parole du gouvernement ukrainien.

La mission des médecins légistes est cruciale : leurs rapports servent de base à d’éventuelles poursuites pour crimes de guerre devant la Cour pénale internationale. L’ONU, dans un rapport publié en 2024, avait déjà qualifié de « systématiques » les actes de torture subis par 95 % des anciens prisonniers de guerre ukrainiens. Les exactions vont des passages à tabac aux électrocutions, en passant par les violences sexuelles et les simulacres d’exécution.

Le contraste est frappant avec le traitement des prisonniers russes, dont les abus constatés par l’ONU sont nettement moins nombreux et s’arrêtent généralement après leur transfert vers des centres de détention officiels en Ukraine.

Malgré les preuves qui s’accumulent, la Russie continue de refuser l’accès à ses prisons aux organisations humanitaires. Et les familles, elles, attendent souvent des mois avant de recevoir des nouvelles de leurs proches, parfois pour découvrir leur décès par le biais d’un appel, ou, comme pour la famille Hryhoriev, grâce au témoignage d’un survivant.

Enterré dans sa ville natale de Pyriatyn, Serhii Hryhoriev est désormais un symbole de ce que subissent des milliers de soldats capturés. Sur leurs poignets, sa femme et ses filles ont tatoué les mots qu’il répétait si souvent. Une promesse de vie devenue hommage posthume : « Tout ira bien. »

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