Des combattants paramilitaires ont enlevé des enfants lors de la prise de contrôle de la ville soudanaise d’al-Fashir en octobre et au cours d’autres attaques menées dans la région du Darfour depuis le début de la guerre civile, selon de nombreux témoignages recueillis par Reuters. Des témoins affirment que les assaillants tuaient parfois les parents avant d’emporter les enfants.
Ces récits reposent sur des entretiens menés avec 26 personnes ayant fui vers Tawila, dans le nord du Darfour, ou vers l’est du Tchad. Elles décrivent au moins 23 incidents distincts depuis 2023, au cours desquels au moins 56 enfants âgés de deux mois à 17 ans auraient été enlevés. Plusieurs témoins disent que des combattants des Forces de soutien rapide (FSR) auraient déclaré que les enfants seraient utilisés pour garder du bétail, certains évoquant explicitement une mise en esclavage.
Reuters n’a pas été en mesure de déterminer le nombre total d’enfants enlevés ni de retracer leur sort après leur capture. Six témoins ont toutefois affirmé que leurs propres proches figuraient parmi les victimes. Des experts juridiques estiment que de tels actes pourraient constituer des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, relevant notamment de la séquestration illégale, de la traite d’êtres humains et de l’esclavage, en violation du droit international.
Les FSR, en conflit avec l’armée soudanaise depuis avril 2023 pour le contrôle du Soudan, n’ont pas répondu aux demandes de commentaires de Reuters sur ces accusations. Elles ont par le passé nié cibler délibérément des civils et assuré enquêter sur des combattants soupçonnés d’exactions. Des organisations de défense des droits humains ont déjà documenté des crimes graves commis par les deux camps, mais ces témoignages d’enlèvements d’enfants à des fins assimilables à l’esclavage n’avaient pas été largement rapportés jusqu’à présent.
Le chef de l’UNICEF au Soudan a déclaré n’avoir reçu aucun signalement spécifique d’enfants enlevés pour être réduits en esclavage, tout en soulignant que ces témoignages s’inscrivent dans une tendance plus large de violations graves des droits de l’enfant. La situation rappelle celle du conflit du début des années 2000, lorsque les milices Janjawid, ancêtres des FSR, avaient été accusées d’enlèvements et d’exploitation d’enfants au Darfour.
Fin octobre, les FSR ont consolidé leur emprise sur le Darfour en prenant al-Fashir, une ville qui abritait de nombreux déplacés et qui avait été assiégée pendant plus d’un an. Selon les Nations unies, la guerre a fait des dizaines de milliers de morts et provoqué la plus grave crise humanitaire au monde, avec famine, maladies et déplacements massifs. La procureure adjointe de la Cour pénale internationale a indiqué ce mois-ci que son bureau enquêtait sur des crimes présumés commis à al-Fashir, en particulier contre les femmes et les enfants.
Les témoignages recueillis décrivent des scènes de grande violence, avec des enfants arrachés à leurs familles sous la menace des armes, parfois après avoir assisté à l’exécution de leurs parents. Faute d’accès indépendant aux zones contrôlées par les FSR, ces accusations restent difficiles à vérifier, mais elles renforcent les inquiétudes internationales sur la nature des exactions commises dans le conflit soudanais et sur le sort des civils les plus vulnérables.