RUBAYA, République démocratique du Congo – Au cœur des collines verdoyantes du territoire de Masisi, dans l’est du Congo, les mines artisanales de Rubaya vibrent au rythme des générateurs. Des centaines d’hommes y creusent à la main pour extraire le coltan, minerai indispensable à la fabrication de téléphones, d’ordinateurs, d’armes et d’équipements militaires, dont la demande mondiale ne faiblit pas.
Malgré son importance stratégique, la région vit dans la précarité et le chaos. L’est du Congo, riche en minerais, est depuis des décennies ravagé par les affrontements entre forces gouvernementales et groupes armés, dont le M23, soutenu par le Rwanda. La récente montée en puissance de cette milice, qui a conquis Goma et Bukavu, aggrave une crise humanitaire déjà dramatique. Plus de 7 millions de personnes sont déplacées dans le pays, dont 100 000 rien que cette année.
Les mines de Rubaya, aujourd’hui sous contrôle du M23, ont été au cœur des combats. Les mineurs y travaillent dans des conditions épuisantes pour des salaires dérisoires. Jean Baptiste Bigirimana, mineur depuis sept ans, explique gagner 40 dollars par mois. « Ce n’est pas suffisant pour nourrir mes enfants, les habiller, les scolariser. Et je ne sais même pas où vont les minerais une fois qu’ils quittent la mine », confie-t-il.
Le coltan, contraction de columbite-tantalite, contient du tantale et du niobium, classés parmi les matières premières critiques par les États-Unis, l’UE, la Chine et le Japon. Ils sont utilisés dans les téléphones, l’électronique automobile, les moteurs d’avions et les missiles. En 2023, le Congo a fourni 40 % du coltan mondial. L’administration Trump, dans un décret sur l’urgence énergétique nationale, a d’ailleurs souligné la nécessité de sécuriser l’accès à ces minerais, cruciaux pour la vie moderne et la défense.
Mais cette chaîne d’approvisionnement reste opaque. Selon l’ONU, le M23 tire 800 000 dollars par mois de taxes sur l’exportation du coltan depuis Rubaya, principalement vers le Rwanda. Même avant la prise de contrôle du site par la milice, les minerais transitaient déjà par ce pays voisin. Selon des experts, le coltan est ensuite exporté vers les Émirats arabes unis ou la Chine, où il est transformé avant d’être vendu à l’Occident.
Des voix s’élèvent parfois pour nuancer le contrôle des rebelles. Alexis Twagira, mineur depuis 13 ans, estime que les exactions ont diminué depuis le départ des milices Wazalendo, qui collaboraient avec l’armée congolaise : « Ils nous harcelaient, prenaient nos minerais, exigeaient de l’argent. »
Malgré une richesse minérale exceptionnelle, plus de 70 % des Congolais vivent avec moins de 2,15 dollars par jour. L’espoir renaît timidement avec l’arrivée de deux entreprises américaines dans la région : Nathan Trotter, qui a signé un accord avec une société rwandaise, et KoBold Metals, soutenue par Bill Gates, qui investit dans un gisement de lithium au Congo. Mais les obstacles sont nombreux : instabilité politique, groupes armés, manque d’infrastructures.
Pour Bahati Moïse, commerçant de coltan à Rubaya, la situation doit changer : « Le monde entier sait que nos minerais servent à fabriquer des téléphones. Et pourtant, regardez nos vies. On ne peut pas continuer comme ça. »