Après les grâces de Trump, les procureurs du 6 janvier deviennent à leur tour des cibles (AP)
Après les grâces de Trump, les procureurs du 6 janvier deviennent à leur tour des cibles (AP)

Ils avaient conduit la plus vaste enquête criminelle de l’histoire du ministère américain de la Justice après l’assaut du Capitole du 6 janvier 2021. Aujourd’hui, certains de ces procureurs fédéraux disent vivre sous la menace, alors que d’anciens émeutiers graciés par Donald Trump gagnent en influence au sein même de l’appareil judiciaire. Une enquête approfondie de Reuters révèle un climat de pressions, de harcèlement et de peur durable pour l’indépendance de la justice américaine.

Les émeutes du Capitole avaient mobilisé des centaines de procureurs et d’enquêteurs fédéraux. Parmi eux, Ashley Akers, procureure depuis sept ans, avait contribué à faire condamner des dizaines de participants, dont certains avaient agressé des policiers ou brandi des armes improvisées. Mais le retour au pouvoir de Donald Trump a marqué un tournant radical : le président a accordé une grâce générale à tous les inculpés du 6 janvier, entraînant la démission d’Akers et de plusieurs de ses collègues.

Dans les jours qui ont suivi ces grâces, les anciens émeutiers ont célébré leur libération. Pour certains procureurs, cette euphorie s’est rapidement muée en menace directe. Ashley Akers raconte avoir été hantée par un message en ligne évoquant le film Seven, imaginant sa tête décapitée dans une boîte. Selon plusieurs témoignages recueillis par Reuters, les menaces, le harcèlement et les intimidations visant les magistrats impliqués dans les dossiers du 6 janvier se sont multipliés.

Mais l’inquiétude ne se limite plus aux menaces individuelles. L’enquête de Reuters révèle que certains émeutiers graciés ont désormais accès à des responsables du ministère de la Justice. Ils auraient été consultés, ou se seraient imposés, pour conseiller sur la possibilité de poursuivre, voire d’inculper, les procureurs fédéraux qui avaient travaillé à leur condamnation initiale.

Ces démarches ont profondément choqué au sein de l’institution judiciaire. Des procureurs actuels et anciens estiment que cette situation crée un précédent dangereux, brouillant la frontière entre justice et vengeance politique. Plusieurs redoutent un effet dissuasif durable, susceptible de décourager les magistrats de s’attaquer à des dossiers sensibles impliquant le pouvoir exécutif ou ses soutiens.

Pour ces acteurs de la justice américaine, l’enjeu dépasse leurs cas personnels. Ils craignent que l’instrumentalisation du ministère de la Justice par d’anciens condamnés, désormais protégés politiquement, n’érode la confiance dans l’État de droit. À leurs yeux, l’héritage du 6 janvier ne se limite plus aux images du Capitole envahi, mais se prolonge désormais dans une bataille silencieuse au cœur même du système judiciaire des États-Unis.

Partager