“Alligator Alcatraz” : la prison pour migrants de Trump au cœur des Everglades suscite l’indignation
“Alligator Alcatraz” : la prison pour migrants de Trump au cœur des Everglades suscite l’indignation

TALLAHASSEE (AP) — Une nouvelle prison pour migrants, surnommée « Alligator Alcatraz », est sur le point de devenir opérationnelle en Floride, au cœur des marécages des Everglades. Située sur un ancien aérodrome isolé à 70 kilomètres à l’ouest de Miami, cette installation est au centre d’une vive controverse mêlant enjeux écologiques, humanitaires et politiques.

Conçue pour soutenir la politique de déportation massive menée par l’administration Trump, la prison regroupe tentes militaires, bâtiments temporaires et remorques, le tout installé à la hâte sous la direction de l’État de Floride. Les autorités visent une capacité de 5 000 lits d’ici début juillet. « On n’a pas besoin de murs. La nature s’en charge », a résumé James Uthmeier, procureur général de Floride et ancien bras droit du gouverneur Ron DeSantis, en évoquant les alligators et les marécages infranchissables entourant le site.

L’administration Trump prévoit de plus que doubler la capacité de détention migratoire aux États-Unis, pour atteindre 100 000 lits. Un projet de loi adopté par la Chambre des représentants prévoit 45 milliards de dollars sur quatre ans à cet effet, un triplement du budget actuel. En Floride, l’opération bénéficie du soutien du ministère de la Sécurité intérieure, et du financement de l’agence fédérale de gestion des catastrophes (FEMA), pour un coût estimé à 450 millions de dollars par an.

Mais la localisation de ce site, au cœur d’un écosystème extrêmement fragile, fait bondir les écologistes et défenseurs des droits humains. Le terrain visé jouxte le parc national des Everglades et la réserve de Big Cypress. « Ce projet est une faute historique », dénonce l’organisation Friends of the Everglades. Le site avait déjà été sauvé d’un projet d’aéroport géant dans les années 1970, grâce au combat de la militante Marjory Stoneman Douglas.

Les critiques fusent aussi sur le plan humanitaire. « C’est une théâtralisation de la cruauté », déplore Maria Asuncion Bilbao, de l’American Friends Service Committee. La chaleur extrême, les moustiques porteurs de maladies et l’isolement du lieu font craindre pour la santé et la dignité des détenus. Le représentant démocrate Maxwell Frost a condamné le projet comme une « entreprise de brutalisation des migrants orchestrée par l’État ».

Le site est mis en œuvre sous couvert de pouvoirs d’urgence décrétés par Ron DeSantis dès l’ère Biden, permettant à l’État de contourner les lois d’achat public et d’accélérer les procédures. Le responsable des situations d’urgence, Kevin Guthrie, dispose ainsi de pouvoirs élargis pour diriger les forces de l’ordre et suspendre toute réglementation jugée « contraignante ».

La prison accueillera des migrants arrêtés par les forces locales dans le cadre du programme fédéral 287(g), qui permet à la police de collaborer directement avec les services d’immigration. La Floride a déjà signé 280 accords de ce type, soit plus d’un tiers de ceux conclus au niveau national.

Dans un État où l’immigration est au cœur du discours politique conservateur, « Alligator Alcatraz » s’annonce comme un symbole fort — et polémique — de l’ère Trump II.

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