Crise du riz au Japon : flambée des prix, pénurie et démission ministérielle
Crise du riz au Japon : flambée des prix, pénurie et démission ministérielle

TOKYO — Le Japon traverse une crise inédite du riz, aliment de base au cœur de sa culture et de son identité. Depuis l’été dernier, les prix ont doublé tandis que les étals se vident, poussant à la démission le ministre de l’Agriculture, et mettant le gouvernement sous pression à quelques mois d’élections cruciales.

Taku Eto, ministre de l’Agriculture, a jeté l’éponge mercredi après avoir provoqué la colère des citoyens en déclarant qu’il n’avait jamais eu besoin d’acheter de riz, ses soutiens lui en offrant régulièrement. Jugée méprisante envers les Japonais confrontés à la flambée des prix, sa déclaration a contraint le Premier ministre Shigeru Ishiba à lui demander de partir. Il est remplacé par Shinjiro Koizumi, ex-ministre de l’Environnement, chargé d’élucider la crise.

La pénurie a débuté en 2024 après une ruée sur les stocks provoquée par une alerte sismique. Depuis, les prix ont explosé : le riz de marque « Koshihikari » atteint désormais 5 000 yens (35 dollars) pour cinq kilos, contre environ 2 500 yens auparavant. Les réserves des coopératives agricoles et grossistes ont chuté à des niveaux historiquement bas. La récolte étant encore loin, la situation est jugée critique.

Plusieurs facteurs expliquent cette crise. La guerre en Ukraine a renchéri le blé, poussant les consommateurs vers le riz. La fréquentation touristique et la consommation hors domicile ont aussi fait bondir la demande, tandis que la récolte 2023, affaiblie par la chaleur et les parasites, a été décevante. Par ailleurs, depuis des années, l’État japonais subventionne la réduction des surfaces cultivées en riz pour soutenir les prix, une politique désormais remise en cause.

Le gouvernement a bien tenté de libérer une partie de ses stocks d’urgence, mais moins de 10 % ont atteint les rayons. Des soupçons de rétention volontaire de la part de certains distributeurs émergent, tandis que les capacités de transformation du riz brun en riz blanc seraient insuffisantes. En réponse, Koizumi envisage de modifier le système de contrats publics et de lever certaines restrictions à la vente.

Pour les consommateurs, la situation devient intenable. « Si ça continue, nous allons arrêter de manger du riz », s’indigne Hiromi Akaba, habitante de la région de Tokyo. Face aux rayons vides, certaines chaînes comme Aeon commencent à proposer du riz importé des États-Unis, une solution rarement populaire auprès des Japonais, très attachés à la qualité locale.

La crise révèle aussi une fragilité plus profonde : la population agricole vieillit — âge moyen de 69 ans — et a diminué de moitié en vingt ans. Les experts estiment qu’une révision structurelle de la politique rizicole est indispensable pour garantir la sécurité alimentaire du pays.

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