Hervé Bourhis signe une bande dessinée documentée consacrée à Paul McCartney dans les années 1970, une décennie charnière pour l’ex-Beatle. L’auteur y retrace la dépression qui suit la séparation du groupe et le retour progressif à la musique grâce à sa femme Linda, jusqu’au succès de Wings.
Une transition brutale après la séparation des Beatles
Le 20 septembre 1969, lors d’une réunion chez Apple Records à Londres, John Lennon annonce son départ, marquant officieusement la fin des Beatles. Paul McCartney, pris de court, encaisse difficilement ce choc. Alors que l’album Abbey Road sort dans la foulée et que le groupe atteint un pic de notoriété, McCartney se retrouve isolé, déprimé, et sans projet collectif. Dans la bande dessinée Paul, le dessinateur Hervé Bourhis illustre cette période sombre en mettant en scène un McCartney en pleine crise identitaire, incapable de sortir du lit sans recourir à l’alcool. L’ouvrage, raconté à la première personne, montre un homme miné par la fin d’une aventure musicale unique et l’étiquette du “méchant” qu’on lui colle parmi les fans.
C’est Linda McCartney qui lui permet de retrouver un équilibre. Ensemble, ils s’installent dans une ferme en Écosse, loin du tumulte londonien. Dans ce cadre rustique, entre les enfants et les moutons, Paul reprend goût à une vie simple. C’est là qu’il compose ses premières chansons post-Beatles, dont The Lovely Linda, amorce d’un retour à la création.
Wings et « Band on the Run » : un nouveau départ
En 1970, McCartney officialise la fin du groupe en publiant un premier album solo. Il engage aussi une procédure judiciaire pour dissoudre légalement les Beatles et se libérer du contrat imposé par Allen Klein, manager controversé. Avec Linda, il fonde ensuite les Wings, recrutant des musiciens par petites annonces. Le groupe démarre dans l’anonymat, jouant dans des universités, voyageant en van avec enfants et chiens. Hervé Bourhis insiste sur l’humilité de cette démarche, loin des stades pleins que McCartney avait connus.
Le tournant décisif survient en 1973 avec Band on the Run, un album enregistré au Nigeria, malgré des conditions difficiles. Ce disque marque un retour en grâce critique et commercial pour McCartney. Même John Lennon, pourtant très critique envers son ancien partenaire, reconnaît la qualité du projet. La BD revient également sur une rencontre avec Fela Kuti, pionnier de l’afrobeat, qui questionne le chanteur sur l’appropriation culturelle, renforçant la dimension historique du récit.
Grâce à son traitement graphique mêlant réalisme et style cartoonesque, Hervé Bourhis livre un portrait nuancé, où McCartney apparaît à la fois fragile et déterminé, en proie à ses démons mais capable de se réinventer. Une période souvent oubliée que cette bande dessinée remet au centre de l’attention.