Dans « Le Suicide exalté », Philippe Delerm raconte Dickens consumé par la scène
Dans « Le Suicide exalté », Philippe Delerm raconte Dickens consumé par la scène

Dans un bref mais poignant récit, Le Suicide exalté de Charles Dickens, Philippe Delerm se penche sur la fin de vie de l’écrivain britannique, happé par sa passion pour le théâtre au point d’en précipiter sa chute. Publié aux éditions du Seuil, cet ouvrage offre un éclairage sensible sur un génie littéraire aussi flamboyant que tourmenté.

Quand la scène devient une drogue

Charles Dickens a toujours eu un goût marqué pour la mise en scène. Dès l’enfance, il se rêve acteur, et cette attirance ne le quittera jamais. Dans les dernières années de sa vie, alors que sa réputation est solidement établie grâce à Oliver Twist, David Copperfield ou Les Grandes espérances, il se consacre intensément à la lecture publique de ses œuvres. Philippe Delerm revient sur cette passion dévorante dans Le Suicide exalté de Charles Dickens, un livre de 132 pages paru le 5 septembre 2025.

À travers une écriture fine et élégante, l’auteur retrace cette décennie de tournées effrénées à travers le Royaume-Uni, l’Irlande, les États-Unis. Dickens s’y produit seul sur scène, captivant des foules entières, au point de devenir, selon les mots de Delerm, une sorte de « rock star » victorienne. Mais cette exposition permanente, cette fièvre du contact avec le public, le mène à l’épuisement. Malade, souffrant, il persiste pourtant. « Il est heureux, mais il se consume », écrit Delerm, qui y voit une forme de suicide volontaire, d’exaltation jusqu’à l’épuisement physique.

Une évocation littéraire pleine d’admiration

Loin de la biographie académique, Delerm préfère un portrait impressionniste, nourri de sa propre admiration pour Dickens. « Je le lis depuis toujours », confie-t-il à Franceinfo Culture, évoquant son affection particulière pour Pickwick ou l’humour de l’écrivain. Son livre n’est pas un travail d’érudition, mais un hommage, porté par une écriture limpide et sensible.

Il évoque un homme double : d’un côté, la vitalité débordante, la générosité, l’énergie sur scène ; de l’autre, une silhouette marquée par la fatigue, le deuil, la solitude. Une tension constante entre lumière et obscurité. Le titre même du livre — Le Suicide exalté — résume cette ambiguïté, cette façon de s’user jusqu’à l’extrême, volontairement. Delerm souligne que si Dickens est reconnu comme un monument littéraire, il est aujourd’hui plus souvent cité que véritablement lu. Sa gloire s’est figée, devenue nostalgie.

Avec ce petit livre sobre et lumineux, Philippe Delerm nous invite à relire Charles Dickens autrement : non pas comme un auteur du passé, mais comme une figure profondément humaine, vibrante, hantée par ses propres personnages. Un écrivain qui aura trouvé sa dernière vérité sur scène, face à un public en transe.

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