Le 23 avril 1616, deux des plus grandes figures de la littérature mondiale rendent l’âme à quelques heures (et quelques kilomètres) de distance. William Shakespeare meurt à Stratford-upon-Avon, en Angleterre, le jour de ses 52 ans, tandis que Miguel de Cervantès s’éteint à Madrid à l’âge de 68 ans. Deux géants s’effacent, laissant derrière eux Hamlet et Don Quichotte, Juliette et Sancho Pança, Falstaff et Dulcinée… Mais cette étrange coïncidence n’en est pas tout à fait une.
En réalité, les deux écrivains ne sont pas morts exactement le même jour. L’Espagne, catholique et prompte à suivre les décisions pontificales, avait adopté dès 1582 le calendrier grégorien. L’Angleterre, protestante et plus rétive aux réformes venues de Rome, utilisait encore le calendrier julien. Ainsi, le 23 avril 1616 espagnol correspond au 3 mai 1616 anglais. Cervantès a donc bel et bien précédé Shakespeare d’une dizaine de jours au paradis des poètes.
Deux légendes littéraires, un legs commun à l’humanité
Shakespeare naît en 1564 à Stratford-upon-Avon. À Londres, il devient le plus célèbre dramaturge de son époque. Il révolutionne le théâtre en mêlant farce populaire et poésie profonde, et en explorant les passions humaines avec une acuité inégalée. Roméo et Juliette, Le Roi Lear, Othello, Macbeth… son œuvre compte 37 pièces qui traversent les siècles.
Cervantès, né en 1547, mène une vie plus chaotique, marquée par les combats, la captivité à Alger et la pauvreté. Mais c’est dans cette existence cabossée qu’il puise l’inspiration de Don Quichotte, publié en deux parties (1605 et 1615), qui moque les romans de chevalerie tout en rendant hommage à leur idéal. Avec Sancho Pança, Dulcinée et Rossinante, il invente une humanité en quête de sens, entre rêve et réalité.
Le 23 avril est aujourd’hui la Journée mondiale du livre, en hommage à ces deux figures majeures. Bien qu’ils ne se soient jamais rencontrés, leurs œuvres se répondent, et leurs morts, par la magie des calendriers, semblent s’unir dans un même salut à la littérature.