La Maison de la littérature péruvienne a annoncé, ce mardi, la mort du romancier Alfredo Bryce Echenique, à 87 ans. Une disparition qui referme un chapitre important des lettres hispano-américaines, tant l’écrivain avait su se faire une place singulière, loin des postures et des slogans, avec cette manière de raconter le monde comme on entrouvre une porte sur une pièce trop bien rangée. Traduit dans toute l’Europe, longtemps installé entre l’Espagne et la France, où il a aussi enseigné à l’université, Bryce Echenique appartenait à ces auteurs dont la popularité ne vient pas d’un tapage médiatique, mais d’une phrase qui accroche, d’une scène qui colle à la mémoire.
Un « Julius » qui continue de regarder la société dans les yeux
Un « Julius » qui continue de regarder la société dans les yeux Ceux qui l’ont lu reviennent souvent à « Un monde pour Julius », satire sociale et roman d’apprentissage devenu référence, adapté au cinéma, où l’enfance sert de loupe cruelle sur les hypocrisies adultes. Il y avait aussi « Ne m’attendez pas en avril », et plus largement une œuvre traversée d’ironie douce-amère, de mélancolie, de tendresse pour les perdants, un cocktail littéraire qui parle au lecteur sans lui faire la leçon. Plusieurs institutions culturelles ont salué « une voix marquante » de la littérature péruvienne contemporaine, et l’hommage sonne juste : Bryce Echenique écrivait comme on avance sur un fil, avec le sourire, mais sans jamais perdre l’équilibre du récit.
À Lima, où il est né le 19 février 1939, Bryce Echenique s’était fait discret ces dernières années, presque effacé du bruit public. Diplômé en droit avant de décrocher un doctorat ès lettres à l’université nationale de San Marcos, il aura fini par livrer une sorte d’au revoir littéraire avec « Permis de me retirer » (2021), troisième tome annoncé de ses « Antimémoires ». On se souvient aussi de sa proximité avec Mario Vargas Llosa, disparu en avril 2025 : Bryce Echenique avait dit sa tristesse pour celui qu’il jugeait essentiel au rayonnement du Pérou, et la Chaire Vargas Llosa a rendu hommage à son tour à une plume « singulière et attachante ». Deux monuments qui s’éloignent, et une question qui flotte : qui, demain, portera avec la même élégance cette ironie latino-américaine capable de dire beaucoup en feignant de n’insister sur rien.