C’est une réflexion que beaucoup de Français se font à chaque procès des pires meurtriers qui existent. Une réflexion que nombreux se sont fait lors du procès de Dahbia Benkired, condamnée à la perpétuité pour le meurtre de la petite Lola : comment des avocats peuvent-ils défendre de tels «monstres» ? Comment des hommes de loi peuvent-ils accepter de plaider pour des individus ayant commis des crimes atroces ? Mais le droit français est ainsi fait. Chaque accusé a le droit d’être défendu, et pour cela, il faut bien des avocats. Des avocats animés par l’intime conviction que chaque individu a droit à une défense. Parmi eux, on peut citer Emmanuel Ludot, qui confie avoir mis ses convictions de côté pour défendre Youssouf Fofana, chef du « gang des barbares » responsable de la mort d’Ilan Halimi. D’autres avocats ont tenté de faire ressortir la part d’humanité des accusés. C’est le cas de Jean-Christophe Ramadier, qui a assisté Christophe Champenois ( qui a tué son fils Bastien dans un lave-linge) , de Julien Fresnault, avocat du « tueur de l’Essonne », ou de Pierre Alfort, qui a plaidé pour le tueur en série Patrice Alègre. Entrevue a réalisé les interviews de ces avocats qui ont défendu l’indéfendable, que nous vous proposons de (re)découvrir…
Dans ce troisième épisode de notre série, découvrez l’interview de Julien Fresnault. Ce dernier a été commis d’office pour défendre Yoni Palmier, accusé de quatre meurtres et condamné à la perpétuité en 2015. Sans essayer de justifier les actes perpétrés par son client, il a tenté de faire ressortir sa part d’humanité.
Entrevue : Accepte-t-on facilement de défendre un tueur en série ?
Maître Julien Fresnault : C’est toujours intéressant d’aborder ce genre d’individu complexe. Mes motivations étaient essentiellement psychologiques, essayer de comprendre ce que Yoni Palmier avait dans le cerveau.
Peut-on affirmer qu’un homme étiqueté serial killer est défendable ?
Dans l’opinion publique, il y a une fausse idée : celle de l’avocat qui défend à tout prix pour acquitter une personne. Mais notre travail est de construire une défense qui se tient. Bien sûr toute personne à droit à une défense, c’est le fondement de notre société.
Comment était Yoni Palmier lors de vos entrevues ?
C’est un homme avec qui on peut avoir une conversation. Pourtant il a été incapable d’en faire ressortir quoi que ce soit à l’audience. C’est ça que je trouve le plus frustrant dans le métier : avoir des hommes en face de soi et des images dans le box, avec la pression des juges, des parties civiles, des journalistes.
Comprenez-vous que l’opinion publique ait été sans pitié avec ce genre d’affaires ?
C’est une évidence. On n’est pas idiot. On lit la presse, après on a notre carapace.
Avez-vous eu des états d’âme à défendre un serial killer ?
Non, on sait qu’on a des gens compliqués, on fait avec. Ce n’est pas une question d’états d’âme. En gérant ce type de dossiers, on sait que l’opinion porte un regard noir sur nous. On va aussi apprendre des choses dures. La seule chose est de savoir si on peut vivre avec ou pas. Dès lors qu’on est convaincu que la mission qu’on fait est juste, il n’y a pas de souci.
Comprenez-vous l’opinion publique qui pense souvent que l’avocat est un ami-complice de l’accusé ?
Il y a des clichés sur tout ! Vous traînez avec des gens malsains, on vous imagine malsain. Mais encore une fois, on fait abstraction. On est dans notre fonction, ce qui se dit importe peu.
Malgré le verdict de la réclusion criminelle à perpétuité, avez-vous le sentiment du devoir accompli ?
On n’est jamais satisfait de ce genre de décision. Après, le but était d’humaniser Yoni Palmier. Mais il a fait appel de cette décision, donc il y aura un nouveau procès sûrement l’année prochaine.
Un tueur en série que tout accable
Surnommé « le tueur de l’Essonne », Yoni Palmier est accusé de quatre meurtres sans mobile, entre novembre 2011 et avril 2012. Il est condamné en avril 2015 à la prison à perpétuité, assortie de 22 ans de sûreté.
Retrouvez ici l’épisode 1 : Emmanuel Ludot, avocat de Youssouf Fofana: « Si j’avais eu un moyen de le faire sortir sur une erreur de procédure, je l’aurais fait. »
Retrouvez ici l’épisode 2 : Pierre Alfort, avocat de Patrice Alègre: «Malgré l’opinion, je n’ai pas à culpabiliser de défendre un tueur en série.»