La chambre haute du Parlement français a adopté lundi 28 avril une proposition de loi exceptionnelle autorisant le transfert du “tambour parleur” Djidji Ayokwe, détenu depuis plus d’un siècle par la France, à la République de Côte d’Ivoire. Une avancée décisive dans un long processus de restitution patrimoniale entamé en 2019 par les autorités ivoiriennes.
Une dérogation au principe d’inaliénabilité
Le texte, voté à l’unanimité au Sénat en première lecture dans le cadre d’une procédure accélérée, permet à l’État français de déclasser cet objet issu des collections nationales, en dérogeant au principe d’inaliénabilité inscrit dans le code du patrimoine. L’article unique de la loi autorise le retrait du tambour Djidji Ayokwe – inventorié sous le numéro 71.1930.5.1 au musée du quai Branly-Jacques Chirac – des collections publiques françaises, et donne à l’administration un délai d’un an pour le remettre officiellement à la Côte d’Ivoire.
D’un poids de 430 kilos pour 3,5 mètres de long, ce tambour cérémoniel de la communauté Atchan (ou Ébrié) avait été confisqué en 1916 par les autorités coloniales françaises. Il figure aujourd’hui parmi les objets symboliquement les plus importants réclamés par la Côte d’Ivoire, qui l’avait inscrit en tête de sa liste de restitution dès 2019. Une cérémonie de désacralisation avait été organisée en 2022 à Abidjan en amont de sa restauration par le musée parisien.
Un signal politique fort, mais sans loi-cadre
Ce vote s’inscrit dans la continuité des engagements pris par Emmanuel Macron en matière de restitution du patrimoine africain spolié pendant la période coloniale. En 2021, le président français avait promis le retour du tambour à Abidjan, comme il l’avait fait pour les 26 œuvres du royaume d’Abomey restituées au Bénin. Pour autant, la France ne dispose toujours pas d’une loi-cadre permettant de fluidifier et généraliser ces démarches : chaque restitution reste conditionnée à l’adoption d’un texte spécifique par le Parlement.
Le sénateur Les Républicains Max Brisson, rapporteur du texte, a défendu une initiative qui dépasse le seul cadre juridique : « Ce faisant, nous répondrons à l’attente légitime de la communauté Atchan et au-delà, de toute la nation ivoirienne », a-t-il souligné. La ministre de la Culture Rachida Dati a elle aussi soutenu le projet, saluant une « avancée importante » tout en appelant à la prudence pour éviter « une instrumentalisation politique » de ces restitutions.
Le texte doit désormais être examiné à l’Assemblée nationale, où son adoption est attendue sans obstacle majeur. Si la restitution du Djidji Ayokwe ne saurait réparer à elle seule les spoliations de la période coloniale, elle incarne néanmoins un geste diplomatique et culturel fort en faveur d’un dialogue renouvelé entre la France et le continent africain.