Les eaux de l’Atlantique ont accueilli un visiteur encombrant. Le Boracay, pétrolier battant pavillon béninois et déjà visé par les sanctions européennes et britanniques, a été repéré le 28 septembre au large de Saint-Nazaire. Ses manœuvres suspectes dans la zone du parc éolien offshore ont déclenché l’intervention de la Marine nationale et la saisine du parquet de Brest, désormais chargé de l’enquête. Le navire, construit en 2007, n’en est pas à son premier changement d’identité. Connu autrefois sous le nom de Kiwala, rebaptisé Pushpa en décembre 2024, il illustre les pratiques de la « flotte fantôme » russe : des tankers vieillissants, aux propriétaires opaques, qui se livrent à un jeu d’étiquettes pour brouiller les radars et contourner les sanctions sur le pétrole. L’Union européenne estime que ce réseau parallèle représente près d’un cinquième de la flotte mondiale de pétroliers.
Un navire sous sanctions et dans le viseur des autorités
Déjà épinglé en Estonie pour absence de pavillon valide, le Boracay est officiellement sanctionné par Londres depuis octobre 2024 pour avoir « soutenu le gouvernement russe » et par Bruxelles depuis février 2025 pour ses méthodes de navigation jugées « irrégulières et à haut risque ». Sa présence au large des côtes françaises prend donc une dimension politique autant que sécuritaire. Les autorités françaises rapportent qu’il n’a pas répondu à plusieurs injonctions et que son équipage n’a pas été capable de prouver formellement sa nationalité. Le pétrolier avait quitté le port russe de Primorsk le 20 septembre, traversant la Baltique puis la mer du Nord avant de longer la Manche. Une partie du voyage s’est déroulée sous la surveillance discrète d’un navire de guerre français, signe que Paris suit de près ce genre de bâtiment.
La flotte fantôme, outil économique et menace hybride
Ces navires ne se contentent pas de transporter du pétrole hors radar. Pour les experts de la sécurité maritime, ils constituent une menace hybride. Difficiles à tracer, ils pourraient aussi servir à des opérations clandestines, du transfert de cargaisons interdites à la collecte de renseignements. Leur proximité avec des infrastructures sensibles, comme le parc éolien de Saint-Nazaire ou les chantiers navals voisins, alimente les inquiétudes. Le climat est d’autant plus tendu que plusieurs aéroports danois ont récemment été survolés par des drones non identifiés. Aucun lien n’a été établi avec le Boracay, mais dans le contexte de la guerre en Ukraine, la concomitance des événements suffit à nourrir les soupçons. Pour la Défense comme pour le renseignement, la présence de la flotte fantôme russe au large de l’Europe n’est plus seulement une affaire de commerce parallèle : c’est une menace directe sur la sécurité maritime et énergétique.
Que retenir rapidement ?
Les eaux de l’Atlantique ont accueilli un visiteur encombrant. Le Boracay, pétrolier battant pavillon béninois et déjà visé par les sanctions européennes e