Les autorités irakiennes ont entamé l’excavation d’une vaste fosse commune attribuée au groupe État islamique (EI), près de Mossoul, une décennie après la campagne sanglante des djihadistes dans le pays. Le site se trouve à al-Khafsa, au sud de la grande ville du nord, où un gouffre aurait servi de lieu d’exécutions massives.
Selon l’agence de presse officielle INA, l’opération est menée conjointement par la justice, les services de médecine légale, la Fondation des martyrs et la direction des fosses communes. Ahmad Qusay al-Asady, responsable de la Fondation, a confirmé que les travaux avaient débuté le 9 août, à la demande du gouverneur de Ninive, Abdulqadir al-Dakhil. Dans un premier temps, les équipes se concentrent sur la collecte des restes humains visibles et d’indices de surface, en attendant une exhumation complète qui nécessitera une expertise internationale.
Les autorités expliquent que l’étape initiale consiste à établir une base de données et à recueillir des échantillons ADN auprès des familles de disparus. « Le site est très complexe », a souligné al-Asady, évoquant la présence d’eau soufrée et de munitions non explosées qui compliquent l’accès. D’après des témoignages recueillis auprès de familles et de témoins, plusieurs milliers de corps pourraient être ensevelis dans ce gouffre.
Rabah Nouri Attiyah, avocat spécialisé dans les dossiers de disparitions à Ninive, estime que Khafsa pourrait être « la plus grande fosse commune de l’histoire moderne de l’Irak ». Selon lui, environ 70 % des restes appartiendraient à des membres de l’armée et de la police, tandis que d’autres victimes seraient issues de la communauté yézidie ou de populations chiites. Plusieurs témoins affirment avoir vu des combattants de l’EI amener des bus entiers de prisonniers sur le site pour les exécuter, souvent par décapitation.
Au plus fort de sa puissance, le groupe État islamique contrôlait un territoire équivalant à la moitié du Royaume-Uni en Irak et en Syrie, multipliant les atrocités : décapitations publiques, massacres et esclavage sexuel de milliers de femmes yézidies. L’organisation a été vaincue en Irak en 2017 avec la reprise de Mossoul, puis en Syrie en 2019 avec la chute de son dernier bastion à Baghouz.
Pour les familles, comme celle d’Attiyah, dont l’oncle et le cousin policiers figurent parmi les disparus, l’ouverture de cette fosse commune représente l’espoir de retrouver et d’identifier enfin leurs proches. Mais les autorités préviennent que le processus prendra du temps et exigera une coopération internationale pour sécuriser et traiter le site.