NEW DELHI — La récente escalade militaire entre l’Inde et le Pakistan, déclenchée par des frappes aériennes indiennes au Pakistan en réponse à une attaque armée contre des touristes au Cachemire indien, illustre une fois de plus l’extrême fragilité des relations entre les deux puissances nucléaires d’Asie du Sud. Échanges d’artillerie, tirs de missiles, attaques de drones et victimes civiles des deux côtés ravivent les craintes d’un conflit plus vaste. Mais ce nouvel épisode s’inscrit dans une longue série de tensions nées en 1947, au moment de la partition de l’Inde britannique.
Cette partition, orchestrée par le Royaume-Uni en août 1947, a donné naissance à deux États : l’Inde à majorité hindoue et le Pakistan à majorité musulmane. L’enthousiasme de l’indépendance fut rapidement éclipsé par des massacres intercommunautaires d’une violence inouïe, faisant jusqu’à un million de morts et entraînant l’un des plus grands déplacements de populations de l’histoire, avec plus de 15 millions de personnes déracinées.
Au cœur de ce bouleversement, le Cachemire, région à majorité musulmane dirigée à l’époque par un maharaja hindou, est resté un point de discorde majeur. Refusant initialement de rejoindre l’un des deux nouveaux pays, le dirigeant local a finalement opté pour l’Inde sous la pression d’une rébellion locale et d’une incursion tribale venue du Pakistan. L’Inde a envoyé des troupes, déclenchant la première guerre indo-pakistanaise, qui s’est achevée en 1948 par un cessez-le-feu négocié par l’ONU. La ligne de cessez-le-feu, devenue la Ligne de Contrôle, a depuis lors divisé le Cachemire.
L’ONU avait promis un référendum pour permettre aux habitants du Cachemire de choisir leur avenir — entre rattachement à l’Inde ou au Pakistan —, mais ce vote n’a jamais eu lieu. Deux autres guerres (en 1965 et en 1999) et des dizaines d’escarmouches ont suivi, cimentant une méfiance mutuelle.
Depuis la fin des années 1980, une insurrection armée secoue le Cachemire sous contrôle indien. L’Inde accuse le Pakistan d’alimenter cette rébellion via un soutien militaire et logistique, accusations que nie Islamabad. De nombreux musulmans cachemiris perçoivent cette lutte comme une guerre de libération légitime, avec pour objectif une réunification sous bannière pakistanaise ou l’indépendance.
Des dizaines de milliers de civils, de militants et de membres des forces de sécurité ont péri dans ce conflit. Alors que les tensions actuelles s’intensifient, cette tragédie historique continue d’empoisonner les relations entre deux pays nés dans le sang et toujours incapables, près de huit décennies plus tard, de tourner la page.