Le 7 juillet 1937, une échauffourée mineure entre soldats japonais et troupes chinoises éclate près du pont Marco Polo, à une quinzaine de kilomètres de Pékin. Ce qui aurait pu n’être qu’un banal accrochage militaire se transforme en prétexte à une invasion de grande ampleur. Ce soir-là, une patrouille japonaise en manœuvre nocturne réclame l’autorisation de fouiller le village voisin, accusant les soldats chinois d’avoir enlevé l’un des leurs. Les Chinois refusent. Rapidement, les deux camps mobilisent des renforts, et l’escalade est inévitable. Le soldat japonais prétendument « disparu » réapparaît peu après, sain et sauf, après une escapade dans une maison close. Mais le mal est fait. Le Japon tient son casus belli.
Un prétexte pour envahir la Chine
L’incident du pont Marco Polo — ou incident du « triple 7 », en référence à sa date — marque le début officiel de la seconde guerre sino-japonaise. En réalité, les ambitions impérialistes japonaises sont déjà bien engagées : dès 1931, l’armée impériale a envahi la Mandchourie et y a établi l’État fantoche du Mandchoukouo. Le Japon cherche désormais à élargir son emprise à la Chine du Nord. En quelques jours, les troupes nippones prennent le contrôle de Pékin et de Tianjin. Face à une Chine affaiblie par les divisions entre nationalistes et communistes, l’armée japonaise avance rapidement et brutalement.
Le Guomindang de Tchang Kaï-chek, jusque-là préoccupé par la guerre civile contre Mao Zedong, se retrouve contraint à une union fragile avec les communistes pour contrer l’envahisseur. L’occupation japonaise s’accompagne de violences systématiques à l’encontre des populations civiles. Le conflit donne lieu à des épisodes d’une rare cruauté, comme le massacre de Nankin en décembre 1937, au cours duquel les forces japonaises commettent des atrocités massives sur les habitants de la ville.
Un conflit majeur aux conséquences mondiales
Loin d’être un simple conflit régional, la guerre sino-japonaise va s’étendre sur huit années et s’imbriquer dans la Seconde Guerre mondiale à partir de 1941. Dès les premiers mois, elle mobilise l’attention des grandes puissances. L’Allemagne nazie, l’Union soviétique et le Royaume-Uni interviennent diplomatiquement, voire militairement à travers des livraisons d’armes ou des missions de conseil.
Le Japon, engagé dans une guerre d’usure qu’il avait sous-estimée, multiplie les actes de violence pour briser la résistance chinoise. La propagande se déchaîne dans les deux camps. Du côté chinois, le martyre du peuple devient un levier d’unité nationale. Du côté japonais, l’agression est justifiée par un discours de purification morale et de mission civilisatrice asiatique.
Lorsque le Japon capitule en août 1945, après les bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki, la Chine sort exsangue de la guerre. Elle dénombre plus de quinze millions de morts et une économie ravagée. La République de Chine, affaiblie, perd peu après la guerre civile contre les communistes, qui proclament la République populaire de Chine en 1949.
L’incident du pont Marco Polo, déclencheur apparent d’une guerre planifiée de longue date, est aujourd’hui considéré comme le véritable début de la Seconde Guerre mondiale en Asie. Il marque aussi le point de bascule où l’Empire du Japon bascule dans une guerre totale qui précipitera sa chute.